Economie, International

France : Bernard Tapie contre-attaque

Enième rebondissement dans l’affaire Bernard Tapie contre le Crédit lyonnais. L’homme d’affaire, âgé de 72 ans, réclame un peu plus d’un milliard d’euros dans le cadre du litige qui l’oppose à la banque française concernant la revente de l’équipementier Adidas en 1993. L’attribution ou non de ce montant record sera tranchée le 29 septembre prochain par la Cour d’appel de Paris. Une occasion de revenir sur les faits marquants de cette intrigue juridico-médiatique aux multiples coups de théâtre.

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Assiste-on à l’épilogue d’une des affaires judiciaires les plus retentissantes de ces deux dernières décennies ? Un rapide coup d’œil sur les antécédents de ce contentieux vieux de 23 ans porte à croire qu’aucun des deux camps n’est prêt en réalité à rendre les armes.

Mais cette fois, Bernard Tapie, a mis toutes les chances de son côté en s’offrant les services d’Emmanuel Gaillard, l’avocat à l’origine de ce qu’on appelle déjà en Russie « l’arbitrage du siècle ». Le 28 juillet dernier, ce chef du cabinet parisien Shearman & Sterling réussissait en effet à condamner l’Etat russe à payer 50 milliards d’euros aux anciens actionnaires du groupe pétrolier Loukos, après une liquidation litigieuse de l’entreprise décidée en 2004 par Vladimir Poutine.

Si aujourd’hui le montant demandé au Crédit lyonnais n’en reste pas moins faramineux, il se justifie cependant selon l’avocat de Bernard Tapie par l’étendue du préjudice financier subi par son client. Pour étayer ses allégations, Emmanuel Gaillard dispose d’un document daté du 1er février 1993 prouvant que la banque publique espérait récolter plus de 11 milliards de francs (2,09 milliards d’euros) en plus-values boursières sur le dos de Bernard Tapie alors que quelques jours plus tôt l’homme d’affaire avait revendu Adidas pour seulement 2,85 milliards de francs (472 milliards d’euros).

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Tapie prépare sa revanche.

Ce nouveau procès en appel, intervient quelques mois après l’annulation, le 17 février dernier, par la Cour d’appel de Paris, de la sentence arbitrale qui avait permis à Bernard Tapie d’empocher en 2008 la somme controversée de 404 millions d’euros en compensation de la revente litigieuse d’Adidas par le Crédit lyonnais.

L’affaire Tapie-Crédit lyonnais : 23 ans d’une interminable intrigue

Juillet 1990 : Le groupe Bernard Tapie acquiert pour 1,6 milliards de francs la compagnie allemande Adidas alors détenue par les héritières du fondateur de la marque : Adolf Dassler. L’opération est notamment rendue possible grâce la participation financière d’une des filières du Crédit lyonnais qui devient ainsi, avec 31% du capital, un des actionnaires de l’équipementier allemand.

15 février 1993 : Pressenti pour devenir ministre de la Ville, Bernard Tapie doit en contrepartie se retirer du monde des affaires suite à la demande expresse de François Mitterrand. Conformément à la volonté du président de la République, le fondateur du groupe, Bernard Tapie, décide de céder le fleuron de son entreprise, Adidas, pour un prix initialement fixé à 2 milliards de francs. Une opportunité saisie par le Crédit lyonnais pour se porter acquéreur du groupe dans l’optique de revendre la société à un prix bien plus conséquent. La banque met ainsi au point un habile montage financier qui lui permet de tirer, seule, profit de la vente par l’intermédiaire de deux sociétés offshores lui garantissant l’anonymat.

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25 Mars 1994 : Pour se préserver des poursuites judiciaires auxquelles il s’expose, le Crédit lyonnais entreprend de racheter intégralement le groupe BT afin de mettre son fondateur définitivement hors-jeu. En tant que premier créancier du groupe, la banque choisie de mettre en faillite l’entreprise, option qui lui permet de récupérer la totalité des actifs répartis entre les différents actionnaires de la compagnie.

14 décembre 1994 : Ayant mis le remboursement des dettes de son groupe sous caution personnelle, Bernard Tapie et sa compagne sont placés en liquidation judiciaire par le Tribunal de commerce de Paris. Les juges ordonnent la saisie de tous les biens du couple, y compris l’hôtel particulier de la rue des St-Pères à Paris.

12 octobre 1998 : Tout juste sortie de prison suite au jugement de l’affaire VA-OM, Bernard Tapie dépose une plainte devant le tribunal de commerce de Paris pour « montage frauduleux ». L’homme d’affaire, sous le coup d’une interdiction d’éligibilité, réclame au Crédit lyonnais 6,5 milliards de francs (990 millions d’euros)

9 octobre 2006 : Après plusieurs renvois en appel, la cour de Cassation casse un précédent arrêt de la Cour d’appel de Paris qui avait condamné en 2005 le Crédit lyonnais à payer 135 millions d’euros.

7 juillet 2008 : Un tribunal arbitral désigné par les deux parties pour régler le conflit, condamne le Crédit lyonnais à verser 403 milliards d’euros à Bernard Tapie

2 avril 2011 : La Cour de justice de la République, instance compétente pour juger les ministres, est saisie pour enquêter sur le rôle de Christine Lagarde, alors ministre de l’Economie, dans l’arbitrage du litige trois ans plus tôt. La présidente du FMI sera finalement placée sous le statut de témoin assisté.

17 février 2015 : La cour d’appel de Paris annule le jugement du tribunal arbitral de 2008 qui avait permis à Bernard Tapie d’être dédommagé de 404 millions d’euros (dont 45 millions pour préjudice moral) pour le litige sur la cession d’Adidas.

Matéo Garcia

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