Economie, International

HSBC : Honte, Scandale, Blanchiment & Cachotteries

hsbc Le journal Le Monde et ses partenaires ont eu accès aux données de la liste Falciani, qui recense les évadés fiscaux clients chez HSBC Private Bank Swiss. Contrairement à ce qui s’était dit en 2008 lorsque l’existence de cette liste avait été révélée, les informations qu’elle contient sont avérées. Un nouveau scandale pour l’établissement bancaire à la réputation déjà bien entachée.

Les fraudeurs étaient assistés par leur banque

Les turpitudes de la banque HSBC sont depuis dimanche soir à nouveau sur le devant de la scène. En 2008, l’informaticien Hervé Falciani, alors employé par la filiale suisse de la grande banque, lui dérobait une liste de ses clients évadés fiscaux. La fiabilité de ces données n’était pas certaine jusqu’à dimanche dernier, jour auquel plus d’une cinquantaine de médias internationaux ont confirmé l’existence d’un système de fraude fiscale permis par la banque et qui mettait en cause quelques 106 000 clients.

Des notes accompagnant les bases de données clients révèlent que, non contents de tolérer les clients non-déclarés à l’étranger, les banquiers de HSBC allaient jusqu’à les démarcher ; 98% des clients français de la banque n’étaient pas déclarés. Le montant de la fraude, pendant seulement quatre mois de 2006 à 2007 atteint les 180 milliards d’euros.

Les aveux des dirigeants

La banque HSBC a admis des insuffisances mais, dans un document distribué aux médias de l’opération SwissLeaks, a déclaré avoir « subi une transformation radicale ces dernières années », transformation qui se serait traduite par « de nombreuses initiatives visant à empêcher l’utilisation de ses services bancaires aux fins d’évasion fiscale ou de blanchiment d’argent ». Ce document explique également les dérives du groupe par son acquisition en 1999 de Republic/Safra, qui hsbc (1)« s’adressait à une clientèle très différente et possédait une tout autre culture que HSBC ». Selon la banque, ce défaut d’intégration et d’harmonisation aurait joué un rôle dans le développement des pratiques illégales. Autre aveu, « la culture du respect des obligations et les normes de diligence raisonnable » de l’entreprise étaient « nettement inférieures à ce qu’elles sont aujourd’hui ».

Cette tentative de se dédouaner ne suffira vraisemblablement pas à éviter l’opprobre, d’autant plus qu’en 2013, la banque avait déjà avoué avoir ouvert des guichets aux États-Unis pour blanchir l’argent de narcotrafiquants mexicains et colombiens. Un trafic qui a duré de 2003 à 2010 et qui a coûté à la filiale américaine 1,9 milliard de dollars et une période de probation de cinq ans. Il lui a également été reproché sa connivence avec des groupes proches d’organisations terroristes.

Suite au nouveau scandale qui vient d’éclater, les risques légaux sont cette fois limités pour HSBC. Aucune enquête n’a été ouverte, et il n’est pas question de retirer sa licence bancaire au géant de la finance, qui a seulement subi quelques remontrances de la part de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA). Sa place de choix dans l’économie mondiale semble assurer à HSBC une relative immunité, et sa filiale suisse sortira probablement presque indemne de cette affaire.

Qui paye ses dettes s’enrichit ?

De nombreuses personnalités ont d’autre part vu leurs activités frauduleuses exposées au grand jour. Pour ce qui est du personnel politique, nous savons que le roi du Maroc Mohammed VI figure sur la liste des fraudeurs aux côtés notamment de Rami Makhlouf, cousin du président syrien Bachar el-Assad, et du roi de Jordanie Abdallah II. L’acteur John Malkovich et la chanteuse Tina Turner seraient également titulaires de comptes en Suisse.

Du côté des Français, on trouve les noms de Gad Elmaleh – qui a semble-t-il dissimulé 80 000 euros au fisc -, de Jacques Dessange, ou encore celui du footballeur Christophe Dugarry. Ces situations ont pour la plupart été régularisées depuis, souvent sans commentaire de la part des fautifs.

Victoria Coste

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