Société

Justice : 10 000 liras de dédommagements pour une ancienne étudiante erasmus

10 000 liras, c’est la somme que devra verser le ministère de l’Intérieur turc à Elisa Couvert en compensation à l’arrestation arbitraire dont elle a été victime à Istanbul en juin 2013, lors des protestations du parc Gezi. Étudiante à la Sorbonne en science politique, cette franco-américaine de 24 ans avait été détenue une dizaine de jours dans un centre de rétention avant d’être expulsée en France le 24 juin.

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Juin 2013, la Turquie est secouée par un mouvement de protestation politique dont l’épicentre se trouve à Taksim, dans le parc Gezi. Les protestations sont sévèrement réprimées par les autorités turques et le mouvement prend de l’ampleur dans tout le pays. Le parc Gezi devient un symbole de résistance contre les dérives autoritaires du gouvernement de l’AKP, dirigé par le premier ministre – aujourd’hui président – Recep Tayyip Erdoğan.

Elisa Couvert, ancienne étudiante Erasmus à l’université de Galatasaray en 2011, est de retour à Istanbul en août 2012 pour travailler sur la rédaction de son mémoire sur la langue kurde. En février 2013, elle effectue un stage à l’Association des droits de l’homme (IDH). Le 11 juin de cette même année, alors qu’elle est présente à Taksim lors des manifestations, les bombes lacrymogènes lancées par la police l’obligent à se réfugier dans un local, au hasard. Celui-ci, siège du SDP (Parti pour la démocratie socialiste) est une formation politique de gauche, très active dans les manifestations du parc Gezi. La police investit les locaux et arrête une cinquantaine de personnes, dont Elisa. Emmenée au commissariat central qui traite des affaires de terrorisme, la jeune femme passe quatre jours en garde à vue. Les autorités turques la soupçonnent d’être une espionne française, membre d’une organisation armée terroriste, alors même qu’elle explique ne pas connaître l’existence du parti. Le 15 juin, le procureur la déclare innocente et libre. Pourtant, elle doit se rendre dans un autre commissariat qui n’est autre qu’un centre de rétention pour étrangers, à kumkapı, dans lequel elle passe dix jours, dans des conditions déplorables, avant son expulsion.

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« Étudiante française qui s’intéresse à la question kurde, aux droits de l’homme… J’ai le profil de la personne dont ils ne veulent pas trop ! » confiait-t-elle à Rue89, quelques jours après son expulsion.

Pendant dix jours, elle reçoit la visite d’avocats, de représentants consulaires français et américains, ainsi que de députés turcs. Son dossier circule entre Ankara et Istanbul jusqu’à ce que les autorités décident d’annuler son titre de séjour pourtant valide jusqu’en octobre. Elle est expulsée dès le lendemain, sans même avoir le temps de récupérer ses affaires personnelles, avec en prime une interdiction de territoire d’une durée d’un an.

Quid de la justice ?

Après quatre procès pour revenir sur la procédure d’expulsion, l’interdiction du territoire est finalement levée le 17 septembre 2013, par la justice turque. Elisa écrit sur sa page facebook :

« Cette décision donne de l’espoir, une injustice a été rétablie. Mais le combat continue pour les personnes victimes d’injustices semblables et pour qui les conséquences sont malheureusement souvent bien plus dramatiques qu’elles ne l’ont été pour moi (…) Une française qui reste dix jours en centre de rétention en Turquie scandalise à grande échelle tandis que les milliers de personnes croupissant des mois dans ces centres sans pouvoir faire entendre leurs droits restent sans écho. »

En juin 2015, c’est la Cour administrative d’Istanbul qui rend son jugement sur l’affaire. Elisa Couvert sera dédommagée de 10 000 liras, en compensation à la privation de liberté dont elle a été victime. Le verdict de la Cour indique que cette somme a pour but de « compenser partiellement la douleur et le chagrin ressentis lors de sa privation de liberté pour des raisons arbitraires ». Justice sera donc rendue, deux ans après son arrestation.

Florie Contenceau

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