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La crise des réfugiés syriens en Turquie, entre soutien international et intégration régionale

syrie_1Depuis son éclatement en mars 2011, le conflit syrien a déclenché la plus grande crise humanitaire que le monde ait jamais connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Les besoins humanitaires ne cessent d’augmenter, les déplacements de populations perdurent tandis qu’une génération entière d’enfants est victime de la guerre et de ses violences. Après plusieurs millions d’euros déjà mobilisés, un nouveau programme d’aide d’urgence d’un montant de 40 millions d’euros vient d’être avalisé le 29 mai dernier par la Commission européenne. Il bénéficiera tant aux Syriens restés au pays qu’à ceux qui sont réfugiés dans les pays frontaliers, notamment en Turquie.

 

Émergence d’une conscience humanitaire internationale

C’est par l’entremise de l’Union européenne et de ses États membres que s’opère, collégialement, un versant de la gestion de la crise des réfugiés syriens à travers la création, le 15 décembre 2014, du Fond régional d’affectation spéciale. Il s’agit du premier fond d’aide de nature régionale et non seulement nationale ni locale, ce qui permet d’aborder la crise des réfugiés syriens avec davantage de souplesse et de rapidité en vue d’un financement stratégique. Le Fond est ainsi ouvert à tous les États membres de l’Union européenne mais également à toutes les ONG telles que la Croix-Rouge, les Nations unies et le Croissant-Rouge. L’objectif principal tend à l’amélioration de la réponse européenne vis-à-vis de la crise syrienne, mais également à la volonté d’accroître la résilience et la stabilisation des pays voisins comme le Liban, la Jordanie et l’Irak.

Aux regards de ces efforts aux plus hauts niveaux, l’Union européenne appelle néanmoins au respect du droit international humanitaire et à la protection des droits civils. Pour ce faire, la volonté première tend à la sécurité alimentaire, à l’éducation immédiate, ainsi qu’aux rétablissements des services sociaux, principalement pour les quelques 200 000 enfants, adolescents et jeunes filles bien souvent victimes de violences sexuelles.

La crise syrienne s’enlise en Turquie

Depuis son début en mars 2011, le syrie_2conflit syrien s’est peu à peu transformé en guerre civile, mais également en guerre froide Est-Ouest de par son internationalisation, et enfin en guerre sainte en raison des rivalités ancestrales entre sunnites et chiites. Les autorités turques prennent conscience que la guerre en Syrie, qui relève de problématiques locales, régionales et internationales couplées aux offensives militaires du groupe État islamique dans le pays, ne compte pas se terminer de sitôt.

Le nombre de réfugiés syriens installés dans les pays frontaliers dépasse les 3,9 millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Selon les dires de l’Organisation des Nations unies, le conflit syrien a engendré un nombre sans précédent de réfugiés. Comme en témoigne le principal pays d’accueil, la Turquie, qui compte actuellement 1,7 millions de Syriens, soit le plus grand nombre de réfugiés établis dans un seul et même pays. Ces Syriens ne sont plus en Turquie de manière temporaire sinon permanente voire définitive. C’est pourquoi du statut d’ « hôtes » en 2011, ils deviennent en 2012 des « bénéficiaires de la protection temporaire » par la mise en service de cartes d’identités et de permis de travail.

Intégration ou expulsion ?

Mais « sommes-nous supposés demander à nos frères de ne pas venir en Turquie et de se faire tuer en Syrie ? », interpelle Recep Tayyip Erdoğan, alors Premier ministre, lors d’une allocution hebdomadaire au sein du Parlement, face aux premières réticences.

Alors que des « camps de survie » se créent peu à peu aux frontières Sud et Sud-Est de la Turquie par l’entremise d’une aide gouvernementale de deux milliards de dollars, les autres milliers de réfugiés, se retrouvant sans ressources, sans revenus et sans aides, sont livrés à eux-mêmes et errent dans les rues. Cette politique de la « porte ouverte » a provoqué de violentes réactions chez certains Turcs, pourtant réputés pour leur hospitalité.

Contre la réticence populaire, contre le futur manque de ressources financières et humanitaires face à l’arrivée continuelle de réfugiés, le Premier ministre turc actuel, Ahmet Davutoğlu, rappelle l’un des principes clés de l’humanité, de l’entraide et de la fraternité : « nous sommes au cœur d’un incendie sans y être les responsables. Les réfugiés syriens voient la Turquie comme une île qui leur permet de trouver un asile. C’est un honneur pour nous. »

Par conséquent, comme en témoigne également la chroniqueuse du quotidien Bügun Gülay Göktürk, la population turque doit dépasser les préjugés ethniques et culturels pour accueillir les réfugiées et accepter ce programme d’aide car l’arrivée d’une population jeune et travailleuse est une chance tant pour les Syriens que pour une Turquie en pleine croissance.

Jessica Mauzole

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