Chroniques

La France et les élections européennes 2014

Dans quelques semaines, un peu plus d’un mois après les municipales, les Français seront de nouveau appelés aux urnes, dans le cadre cette fois-ci du renouvellement de leurs représentants au Parlement Européen. Nous pouvons raisonnablement nous questionner sur la popularité d’un tel scrutin.

On peut sans doute, je le crois, faire remonter ce désamour entre les Français et l’Europe au fameux référendum du 29 mai 2005 sur le projet de Traité Constitutionnel Européen. Les femmes et les hommes qui se sont exprimés ce jour-là ont rejeté le texte par 54,68 % des voix. Dès lors, et suivi de près par la Hollande, l’élan de ce qui devait être un renforcement de l’Union européenne face aux défis de l’avenir a été brisé. Si la construction européenne s’est néanmoins poursuivie, notamment avec le Traité de Lisbonne en 2007, celle-ci a pris un chemin différent.

On constate une nette démobilisation face aux questions européennes, signe caractéristique des périodes de grandes crises économiques comme celle que nous vivons en ce moment. Les élections européennes ont toujours été marquées par des taux d’abstention importants, comme en 2009 avec presque 60 %, et l’UE apparait de plus en plus comme une organisation chargée de censurer les États membres qui ont des problèmes de déficit, ce qui est justement le cas de la France de nouveau rappelée à l’ordre en avril 2014 sur ce point. Le nouveau gouvernement dirigé par Manuel Valls ne semble toutefois pas s’en préoccuper puisqu’il vient de nommer précisément comme secrétaire d’État chargé des Affaires Européennes Harlem Désir, dont l’absentéisme au Parlement européen présente de véritables records allant jusqu’à 50%.

Parallèlement à tout cela, ces élections s’annoncent une fois encore comme un observatoire de la progression des partis nationalistes et de l’extrême droite. En effet, le Front National de Marine Le Pen a engrangé des succès importants dans des villes moyennes lors des élections municipales de mars 2014, et il est probable qu’il poursuive son ascension à l’occasion de ces élections européennes. Certains analystes évoquent même la possibilité d’un Parlement européen composé en grande partie d’eurodéputés issus de la mouvance nationaliste.

Par-delà tout cela, la question qui est peut-être à se poser est « Quelle Europe voulons-nous ? » Est-ce que la construction de la Fédération d’États Nations qui est en cours doit se poursuivre, ou bien allons-nous nous diriger vers un autre modèle de construction ? Il est certain que l’influence destructrice de la crise économique est pesante sur les opinions publiques qui vont se prononcer en mai prochain. Toutefois, est-ce que les partis politiques républicains traditionnels, à savoir l’UMP, le PS ou encore l’UDI, ne doivent-ils pas retrouver des accents de défenseurs de la construction européenne ? Ne doivent-ils pas réoccuper un terrain qu’ils ont laissé bien souvent aux extrêmes de gauche comme de droite ?

La construction européenne, en marche depuis plus d’un demi-siècle, est une très grande aventure politique et sociale qui a garanti un temps de prospérité et de paix sur le continent européen, que celui-ci n’a sans doute jamais connu dans son histoire. Une chose est certaine dans cette question de l’opinion publique face à l’Europe, c’est que la construction européenne est avant tout quelque chose qui doit s’expliquer aux populations ; c’est en faisant œuvre de pédagogie que l’image que les électeurs ont des institutions européennes s’éclaircit et que ceux-ci comprennent alors pourquoi ils doivent aller voter pour élire leurs députés européens, du 22 au 25 mai prochain. C’est sans doute ce manque de dialogue explicatif direct qui rend les institutions européennes si obscures aux yeux des citoyens des pays concernés, et certes, nous l’avons dit, la période de crise économique n’arrange rien.

En conclusion, il y a des questions que nous devons avoir le courage de nous poser en 2014, et qui sont de se demander si avec une constitution européenne qui aurait été votée en 2005 et peut-être amandée par la suite, nous n’aurions pas été mieux armés pour affronter les problèmes qui se sont présentés à nous depuis 2005, à savoir la crise économique que nous traversons. Est-ce qu’avec une UE raffermie par une constitution, nous n’aurions-nous pas été mieux armés pour affronter les problèmes graves qui s’amoncellent à l’Est avec la crise provoquée par un incontestable retour de la puissance russe qui réaffirme de plus en plus fortement la délimitation de sa sphère d’influence sur ses ex-Républiques ? Cela concerne aujourd’hui l’Ukraine et cela pourrait bien concerner demain la Moldavie ou encore d’autres pays. Le précédent de 2008 en Géorgie ne semble manifestement pas avoir permis aux Occidentaux d’en tirer des leçons.

Oui, c’est bien toutes ces questions qui sont concernées par les enjeux des élections européennes de mai 2014 et bien d’autres encore. Seul faire œuvre d’explication et de pédagogie pourra relancer le débat européen et l’enrichir, car, une chose est certaine, c’est que c’est tous ensemble que les Européens sortiront de la période de troubles qui sévit en ce moment.
Il suffit pour cela de le vouloir et les élections européennes de mai 2014 sont une excellente occasion pour cela.

Olivier Buirette

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