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La Jordanie poursuit son offensive contre l’EI en Syrie

jordanieL’opération « Martyr Maaz », du nom du pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh tué par le groupe Etat Islamique (voir notre article ici), a pris la formes de bombardements en guise de représailles de l’Etat jordanien. Selon l’armée, « des dizaines d’avions de chasse » ont frappé les «  bastions de l’EI […] et toutes les cibles été détruites ».

Les condoléances à la famille du pilote

Pour exprimer son soutien et partager la douleur de la famille du pilote tué par le feu, le Roi Abdallah II et son Premier ministre se sont rendus à Kanak, située à 120 km de la capitale Amman. Une immense tente a été dressée pour les accueillir, tandis que de nombreux civils étaient également présents. Le père de la victime a appelé à la « destruction » de l’EI. En Syrie, les frappes de représailles ont commencé sur Raqqa, le fief de l’EI à l’est du pays, visant des dépôts de munitions et des camps d’entraînement.

Vers un rapprochement avec Israël ?

Un rapprochement avec Israël serait envisagé raids-jordanieselon Le Figaro, qui indique qu’un entretien entre Benjamin Netanyahu et le roi de Jordanie a eu lieu hier, jeudi 5 février. Le chef du gouvernement d’Israël aurait appelé à « maintenir le statu quo sur les lieux saints » et demandé le retour de Walid Obeidat, ambassadeur jordanien en Israël. Ce dernier avait quitté Israël afin de montrer la contestation de la Jordanie face aux « violations répétées » d’Israël sur l’Esplanade des Mosquées, un lieu saint pour les juifs – qui l’appellent mont du Temple –, comme pour les musulmans – qui l’appellent le Haram al Sharif (Noble sanctuaire). Cette alliance de circonstance, déjà mise en place par le passé, pourrait donner lieu à une guerre « régionale et globale ».

Selon Oded Eran, ancien ambassadeur d’Israël en Jordanie, « l’armée jordanienne dispose d’une puissante armée équipée par les meilleurs armes américaines (…) pour faire face a la menace de Daesh ». Les Etats-Unis ont d’ailleurs déjà augmenté les aides militaires, passant de 600 millions à 1 milliard de dollars. M. Eran avance également que l’EI pourrait chercher à effrayer la population en passant par des « cellules internes ».

Une lutte accrue contre l’EI

En liquidant l’otage jordanien, l’EI aurait cherché à punir la Jordanie qui, par son statut d’allié de la coalition, met de facto à mal le projet de califat du groupe djihadiste. Pour Bassem al-Manaseer, député jordanien pro-gouvernemental, la Jordanie doit plus que jamais continuer son combat contre le groupe terroriste : « Depuis le début, l’Etat islamique veut créer des troubles en Jordanie et créer des problèmes pour le roi. Il ne faut pas se retirer de la coalition. » La Jordanie paraît bel et bien déterminée à exterminer le groupe extrémiste. Un journal indépendant jordanien, El-Ghad (L’Avenir) titrait ce mercredi « Mort à Daech, nous nous vengerons ». Pour Christan Melville, du quotidien francophone libanais L’Orient le Jour, l’EI a échoué à dissuader les attaques à son encontre malgré le « retour au bûcher médiéval pour dissuader la Coalition de poursuivre ses frappes en Irak, en Syrie, au Yémen. » A travers sa revue de presse (à écouter sur France Culture), Thomas Cluzel considère que « Daesh attise la colère du monde arabo-musulman ». Récemment, l’ONU dénonçait des actes d’une barbarie inouïe envers les enfants irakiens, réduits en esclave, soumis à des tortures sexuelles, assassinés pour avoir commis le crime suprême d’assister à un match de foot à la télévision.

Il semblerait que l’EI, en érigeant la violence et la terreur en guide de ses actions, n’ait pas réussi à désolidariser la coalition à son encontre. Dans Les Justes (1949), Albert Camus écrit : « J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre ». Reste à savoir si cette injustice-là, dénoncée de toute part sans être anéantie, mobilisera à la hauteur de l’effroi qu’elle suscite.

Adèle Binaisse

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