Chroniques

La revue de presse

Jeudi 20 novembre, je suis dans le bateau qui m’emmène vers la rive européenne d’Istanbul.

Je feuillette mon journal, après les pages de faits divers, arrivent les interminables pages d’économie et les publicités pour les ventes d’immeubles. Eh oui, il faut bien vendre toutes ces tours qui poussent comme des champignons et défigurent la ville. Désormais, les articles des pages économie des journaux ont davantage la forme de publi-rédactionnels que d’un article d’analyse. « Nous sommes invités aux événements organisés par les grands groupes, des voyages, des dîners et des soirées où nous sommes très bien reçus, nous posons toujours les mêmes questions complaisantes et pas la moindre critique sinon notre journal n’aura plus de publicités » me confiait une journaliste d’un grand groupe de presse.

Je découvre que la banque espagnole BBVA qui possédait 25,01 % des actions de la banque turque Garanti vient d’acquérir 14,89 % d’actions supplémentaires devenant ainsi l’actionnaire majoritaire. Pour le président du CA de BBVA Franscisco Gonzalez : « ce rachat montre avant tout notre confiance à l’extraordinaire potentiel de développement du marché turc, par ailleurs cette opération contribuera à la hauteur de 250 millions d’euros au profit que nous envisageons réaliser en 2016 ». Et il poursuit : « ainsi BBVA et Garanti pourront poursuivre leur contribution au redressement et au développement de la Turquie ». Je continue de parcourir le journal et je lis « les enseignants endettés jusqu’au cou : 79 % auprès des banques et 81 % auprès des organismes de crédit ». Là, je comprend mieux l’investissement de BBVA et la confiance de ses dirigeants quant au potentiel du marché turc.

Quelques pages plus loin un article titre : « les droits de l’enfant, nous sommes en seconde division ». Eh oui, le 20 novembre c’est la journée des droits de l’enfant et aussi le 25ème anniversaire de la Convention Internationale des droits de l’enfant. D’après l’article, grâce à cette Convention, que la Turquie a signé, de nombreuses dispositions légales ont été adoptées en faveur de l’enfant notamment l’augmentation de l’âge pour le travail des enfants. Mais cette législation aussi imparfaite soit-elle souffre de l’absence de mécanisme permettant une entrée en vigueur de ces dispositions ainsi que le suivi et contrôle de leur application.

Je range mon journal, car nous voilà arrivés à l’embarcadère de notre destination. Un peu plus tard je marche sur l’une des grandes artères d’Istanbul, l’avenue de Cumhuriyet, et là s’étalent, grandeur nature, les pages politiques du journal, les conséquences des guerres qui se déroulent un peu partout dans la région. Les familles entières avec leurs nombreux enfants forcés d’immigrer pour fuir la guerre, la terreur ou encore la misère… Ce sont les laissés-pour-compte des grandes puissances qui pour renforcer leur intérêts dans la Région retracent de nouvelles frontières à leur guise sans se soucier des tragédies humaines qu’elles provoquent.

Et personne ne s’inquiète des droits de ces jeunes enfants qui vivent dans la rue et mendient pour survivre. Voilà la triste réalité de cette fin d’année 2014 qui se déroule sous nos yeux.

Mireille Sadège

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