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Un Français à la tête de la Commission européenne ?

euSuite aux prochaines élections européennes qui auront lieu dans les 28 États membres de l’Union Européenne du 22 au 25 mai 2014, un nouveau président de la Commission européenne (CE) sera nommé. Qui succédera au portugais José Manuel Barroso, à la tête de l’exécutif depuis 2004 ? Parmi les candidats, se trouve le français Michel Barnier. Actuellement commissaire européen au marché intérieur et aux services, il est candidat pour le Parti Populaire Européen (PPE). Mais rien ne semble jouer d’avance dans cette élection en voie de politisation…

Disposant du monopole de l’initiative législative, la Commission européenne est l’organe européen au cœur du processus décisionnel. L’élection de son président – élu par le Parlement européen sur proposition du Conseil européen – est un enjeu non négligeable pour les chefs d’États et de gouvernement réunis au sein du Conseil. Mais peu à peu le Parlement européen s’est arrogé des prérogatives et depuis le Traité de Lisbonne (2009) son poids s’est renforcé dans le processus de désignation du président de la Commission. En effet, le traité stipule que les États « devront tenir compte du résultat des élections européennes » avant de désigner le chef de l’exécutif.

Depuis plusieurs mois, les candidatures à la présidence de la Commission commencent à prendre forme, chaque grande famille politique choisissant son candidat pour le présenter au vote. Les débats entre candidats seront favorisés, faisant ainsi ressortir les divergences entre les formations politiques. On peut espérer que cela donne un nouveau souffle à une élection jusqu’alors éloignée des citoyens, et cela d’autant plus que le futur président de la Commission serait a priori de la même couleur politique que le parti politique vainqueur des élections européennes. Selon Martin Schultz, actuel président du Parlement européen et candidat pour le Parti Socialiste Européen (PSE) à la présidence de la Commission, politiser ainsi l’élection du président de la Commission aiderait à la démocratisation de l’Union européenne.
Qui sont les candidats potentiels ?
Parmi les candidats à la présidence de la Commission figure le français Michel Barnier. L’actuel commissaire européen au marché intérieur et aux services est candidat pour le Parti Populaire Européen (PPE). Lors d’un entretien accordé au Figaro le 13 janvier dernier, il a affirmé être « prêt à s’engager » si le Parti Populaire Européen le désignait comme candidat du parti.
Celui que l’on dit ironiquement plus à gauche que beaucoup de socialistes, a depuis 2009 montré son efficacité en réaction à la crise de 2008, proposant et négociant près de vingt-huit lois de régulation. Le père de l’Union bancaire a également affirmé qu’il était normal « que les banques payent pour les banques ». Mais Michel Barnier ne sera pas le seul candidat en lice au sein du PPE. Il devrait retrouver sur sa route Jean-Claude Juncker, l’ancien premier ministre du Luxembourg et ex-président de l’Eurogroupe (qui réunit les ministres des finances de la zone euro). Actuellement majoritaire au Parlement, le PPE investira son candidat lors d’une convention prévue à Dublin, les 6 et 7 mars.

Du côté des socialistes, c’est non sans surprise que Martin Schulz, l’actuel président du Parlement européen a obtenu en octobre dernier le soutien du Parti Socialiste Européen pour devenir officiellement candidat à la présidence de la Commission européenne. Il a affirmé se présenter « pour essayer de contribuer à réconcilier l’idée européenne avec les attentes des citoyens ».

Chez les Libéraux, troisième force politique européenne, on avance les noms de Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et actuel président du groupe Libéral au Parlement européen, et le Finlandais Olli Rehn, commissaire chargé des affaires économiques. Le choix se fera le 1er février lors du Congrès électoral du parti à Bruxelles. Les Ecologistes, qui organisent jusqu’au 28 janvier des primaires en ligne, comptent parmi leurs candidats le français José Bové. Enfin, le grec Alexis Tsipras, principal opposant à la politique de rigueur menée dans son pays, a été désigné candidat du Parti de la Gauche Européenne (PGE).

Politiser la Commission, une fausse bonne idée ?

La politisation de cette élection a pour objectif de permettre aux européens de voter non seulement pour un parti politique mais également pour le représentant de l’exécutif bruxellois. Alors que le taux d’abstention aux élections européennes est élevé (près de 57 % en 2009) et que l’on évoque souvent le déficit démocratique de l’Union européenne, une personnification de la fonction renforce l’enjeu politique lié à ce scrutin. Cela devrait susciter un regain d’intérêt parmi les électeurs et par la même occasion redorer la légitimité de cette institution.

Cependant, certains dirigeants européens, notamment la chancelière Angela Merkel, ont émis des réserves concernant la procédure d’élection du président de la CE, jugeant qu’elle donnerait trop de pouvoir au Parlement. Les chefs d’États et de gouvernements craignent en effet de se voir privés de leur pouvoir de nomination…
De plus, est-il réellement pertinent de politiser davantage une institution comme la Commission, censée travailler dans l’intérêt général au-dessus des partis ? En effet, le traité de Lisbonne stipule que le collège des commissaires est censé opérer dans la plus stricte neutralité. Or, son indépendance et son impartialité ne manqueront pas d’être remises en question en cas de trop forte politisation.

Claire Corrion

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