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La triste fin de la librairie ALP

photoModa est un quartier à part où il fait bon vivre, situé sur la rive asiatique d’Istanbul, c’est une presqu’île habitée essentiellement par des intellectuels aisés et très cosmopolite. Loin de l’image des quartiers huppés d’Istanbul, le quartier reste néanmoins connu et apprécié de tous notamment pour son ambiance très particulière, et un des lieux préférés des stambouliotes pour les fins de semaines. Les balades au bord de la mer, les moments conviviaux dans ses jardins de thé et ses espaces verts, mais aussi la vue de ses magnifiques couchés du soleil sans oublier l’adresse gourmande du quartier : Ali Usta, le glacier le plus réputé d’Istanbul.

Mais depuis quelques années Moda subit une évolution inquiétante : la disparition de ses petits commerces au profit des cafés, bars et restaurants, une transformation qui risque à terme d’aller à l’encontre de son charme et de sa particularité. La dernière victime de cette tendance est la librairie ALP située sur la principale artère de Moda. Cela fait 25 ans qu’Umit Ergin tient cette librairie-papeterie, avec ses fourniture de bureau, elle est également l’unique point presse internationale du quartier. Mais cette année, au renouvellement de son bail, Umit Ergin a eu la désagréable surprise de voir son loyer augmenter de plus de 150%. De fait, l’augmentation du nombre de cafés et restaurants dans le quartier conduit à une forte hausse des loyers et devient fatale pour les petits commerces indépendants qui ne peuvent pas les payer.

Lorsque j’interroge Umit Ergin sur la situation, elle me répond : « Cela fait 50 ans que je suis libraire, c’est une entreprise familiale, par le passé, à deux reprises nous avons du quitter nos locaux pour des motifs semblables. Mais cette fois c’est la fin de notre librairie et aussi notre activité. Je ne pense pas pouvoir repartir. Nous sommes totalement impuissants face à cette situation ». Et elle ajoute triste et amère : « J’ai fait autant que j’ai pu pour ne pas laisser tomber mes clients, mais le 15 mai je baisserai définitivement les rideaux. »

Doit-on laisser la loi du marché, de l’offre et la demande, et assister ainsi à la disparition des commerces de proximités, particulièrement ceux dédiés à la culture ? Certains habitants et clients réguliers de la librairie ALP comme les célèbres pianistes Idil Biret et Ayşegül Sarıca, ont déjà commencé à tirer la sonnette d’alarme grâce à une lettre ouverte envoyée au propriétaire de la boutique. Le doyen des critiques littéraires Doğan Hızlan l’a aussi publiée dans sa colonne au quotidien Hürriyet.
La balle est désormais dans le camp du nouveau maire qui a fait la promesse lors des récentes élections municipales de faire de Moda un quartier dédié à la culture.

Mireille Sadège

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