Economie, Tourisme

La Turquie n’attire plus autant les touristes

Le nombre de touristes en visite sur le territoire turc a fortement régressé en 2015 et ce en dépit d’un discours de façade rassurant affiché par les autorités du pays. Et le phénomène ne semble pas prêt de s’inverser tant la configuration géopolitique du Moyen-Orient nourrit les inquiétudes des visiteurs du monde entier.

Destination prisée depuis plusieurs années, la Turquie a enregistré lors des six derniers mois une chute record du nombre de touristes. Le contexte politique semblent avoir manifestement sa part de responsabilités : répression contre la minorité kurde, craintes sécuritaires d’Ankara, instabilité chronique de la région du Moyen-Orient, autant d’éléments qui ont ainsi entraîné le recul non négligeable de 2,25% des voyages touristiques.

Au total, la manne de touristes ayant choisi de séjourner en Turquie est passée sous la barre des 15 millions. De mauvais résultats qui laissent présager une fin d’année difficile pour les professionnels du secteur qui, selon les chiffes du ministère turc de la Culture et du Tourisme, affichaient au deuxième trimestre de l’année une perte de leurs revenus estimée à 7,73 milliards de dollars, soit environ 13,8% de moins par rapport à la même période en 2014.

Mais parmi les nationalités désormais rétives à voyager en Turquie, certaines, plus présentes que d’autres, font peser par leur absence une plus grande pression sur le secteur touristique. Il en est ainsi notamment pour les touristes russes et britanniques, qui composent depuis les années 1990, l’essentiel des flux de visiteurs enregistrés chaque année.

Une situation en passe d’être révolue selon certains puisque l’instabilité politique grandissante amène une part toujours plus importante des ressortissants de ces deux pays à éviter de voyager dans la région. Même si à la différence de leurs homologues britanniques, les touristes russes pâtissent également d’une conjoncture économique interne peu propice aux loisirs, ces derniers sont en 2015, 30% de moins à choisir la Turquie pour passer leurs vacances.

touristes

Le secteur de l’hôtellerie durement touché

« Les taux d’occupation des hôtels ont diminué de 10% dans certaines stations balnéaires. Quelques unes affichent même des revenus en recul de 30 % par rapport à l’année dernière. En général, la plupart subissent des pertes financières en raison de la diminution du nombre de touristes. Cela pourrait même être pire l’année prochaine. », a confié au quotidien Hürriyet Hakan Alpay, directeur général de la chaîne des hôtels Hilton présents en Turquie, lequel n’a pas manqué par la suite d’évoquer la chute du tourisme britannique comme l’une des raisons majeures: « Nous avons observé une baisse d’environ 5 % du nombre de touristes britanniques. Parmi les 1,7 millions de touristes que nous accueillons chaque année à Antalya, plus d’un million viennent de Grande-Bretagne. Mais, malheureusement leur nombre diminue progressivement », a-t-il déploré.

Devant l’urgence de la situation qui à terme menace plusieurs milliers d’emplois, nombreux sont ceux qui, à l’instar d’Hakan Alpay, en appelle à l’intervention des pouvoirs publics pour inverser la tendance. « Nous ne tiendrons pas longtemps s’il y a encore de nouvelles baisses de réservations. Nos prévisions ne sont pas plus réjouissantes pour les prochains mois. Nous devons absolument rassurer les touristes, en leur rappelant combien notre pays est sûr », a ainsi imploré le dirigeant turc d’Hilton.

Encore mesurées pour l’instant, les conséquences du recul du tourisme en pleine saison estivale pourraient connaître une tournure bien plus inquiétante dans les prochains mois. Actuellement, en dépit du discours apaisant des autorités, la plupart des indicateurs sont au rouge. Outre les Britanniques et les Russes, les touristes en provenance des Pays-Bas ont également reculé de 3%, mais aussi de 13% en Norvège, 15% en suède, 20% en Belgique et jusqu’à 22% au Danemark.

Matéo Garcia

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