Société

Laïcité « à la française »

Alors que la France se remet lentement des attentats meurtriers qui ont eu lieu dans sa capitale, le grand rassemblement républicain qui a suivi doit se poursuivre dans un débat, désormais essentiel à la société. Dans les prochains mois, les valeurs françaises vont devoir être redéfinies et réaffirmées.

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La laïcité est, évidemment, la première des notions à préciser. Ce terme que l’on entend partout, quotidiennement, dans les discours politiques et médiatiques est au cœur du vivre ensemble. Pourtant, il divise la société. Que doit être la laïcité ? Quelle conception des religions en découle ? Dans sa dernière conférence de presse, le président François Hollande a donné son opinion : la laïcité c’est la liberté de croire ou de ne pas croire. Elle doit également faire en sorte que la religion ne soit pas la composante primaire de l’identité. C’est ce qu’a rappelé Najoua Arduini-Elatfani, ingénieure et présidente du Club XXIème siècle qui promeut la diversité, lors de l’émission Des paroles et des actes face à David Pujadas: « Je ne suis najouapas musulmane de France, je suis citoyenne française de confession musulmane, soit, mais je suis d’abord citoyenne française. Ne nous appelez pas les musulmans de France. Il faut parler de citoyens de France, de religion, de confession, de culture musulmanes ». Déjà de quoi faire largement avancer le débat.

La citoyenneté d’abord, la religion ensuite

La citoyenneté est, en effet, ce qu’il y a de plus important. Qu’importent les croyances religieuses – que l’on en ait ou pas d’ailleurs – il faut davantage accentuer sur ce qui fait que nous tous – catholiques, juifs, musulmans et athées – sommes Français. Une histoire commune, des traditions communes, une culture commune et une langue commune. L’enseignement de ces points communs est pris en charge par l’École républicaine. Son rôle est primordial. Au vu des récents événements, une Charte de la laïcité affichée dans les établissements ne suffit pas.

laicite_2En fait, il faudrait enseigner dans les écoles de façon plus approfondie ce que sont les trois religions du livre : le judaïsme, le christianisme et l’islam. Ce n’est pas un enseignement religieux mais un enseignement des religions dans le seul but de développer l’esprit de tolérance car l’islamophobie et l’antisémitisme découlent, essentiellement, de l’incompréhension de l’Autre et de ses croyances. En parallèle, il faut apprendre aux jeunes citoyens que la République est au-dessus de ces croyances religieuses, que celles-ci relèvent du domaine privée. C’est là le sens même de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 ; la République n’a pas de religion.

Laïcité comme restriction ou comme liberté

La laïcité doit répondre à de nombreux débats. Par exemple, le questionnement autour du droit ou de l’interdiction du blasphème. Religieusement interdit, il est démocratiquement autorisé ce qui n’empêche pas de nombreux musulmans d’être blessés par les caricatures du prophète Mahomet dans Charlie Hebdo qui en a, selon eux, tout de même payé un prix trop élevé et impardonnable. L’équilibre doit donc être trouvé entre le droit de critiquer les religions et le respect de ceux qui les pratiquent. Pas évident. Mais pour cette question, la réponse semble être tranchée : la liberté d’expression est une valeur chère à la République.

halalLes réponses apportées à toutes ces interrogations autour du principe de laïcité dépendront de la définition qu’on lui donne. Si celle-ci est des plus strictes – c’est-à-dire une totale non-existence du religieux dans l’espace public – il faudra, au même titre que l’interdiction de la présence de viandes halal et casher dans les cantines, comprendre que certains s’interrogent sur la persistance du calendrier chrétien. D’autres leur répondront que celui-ci fait partie de l’histoire et de la culture française. Évidemment, au même titre que l’islam et les musulmans en font désormais partie.

Mais, cet usage du principe de laïcité est dérangeant. Il met en constante confrontation l’Etat et les religions ainsi que les religions entre elles. La laïcité devait être davantage bienveillante et assurer la liberté des pratiques religieuses, un égal traitement des religions, mais aussi garantir le droit de ne pas croire en celles-ci. La liberté d’abord, celle de porter le voile ou non – qui n’est finalement qu’un vêtement – si celui-ci ne couvre pas entièrement le visage et permet d’être identifiable ; la liberté de choix entre viande halal, viande casher et viande « normale » ; mais aussi l’égal traitement des religions passant par l’autorisation de leurs lieux de culte et d’apprentissage, évidement sans financement de l’État. La liberté de ne pas croire, surtout.

C’est avant tout cela la laïcité, un synonyme de liberté et non de restrictions qui exige des efforts de la part de l’État en matière de reconnaissance égale des religions mais aussi des efforts des citoyens croyants qui doivent respecter les lois de la République avant celles de leurs religions. Les non-croyants, qui ont leur place dans ce débat, doivent bénéficier de la même liberté. Évidemment, les paroles ne suffisent pas. La laïcité c’est davantage ce que nous en ferons dans les prochains mois. Elle cache, derrière elle, d’autres débats autour de l’immigration, des banlieues, de l’extrémisme religieux et des inégalités scolaires.

Nesrine Slaoui

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