Culture

Le Centre Culturel Anatolie

Créé en 1984 à Paris par un groupe de Turcs et de Français amis de la Turquie et ce, pour faire face à la montée de la turcophobie dans le pays. Rencontre avec son responsable Dr. Demir Önger.

Quels sont les objectifs du Centre Culturel Anatolie ?

De nos jours, le centre n’a plus de portée politique. Comme son nom l’indique, il a un but culturel et cherche à faire découvrir la culture turque. Car la méfiance et le rejet de notre pays proviennent d’une part de la méconnaissance de la Turquie par les Français et d’autre part des lobbys anti-turcs qui travaillaient d’une manière très active en France. Ce centre a donc été créé pour contrecarrer toutes les actions de ces groupes de pression, et ce, uniquement à travers l’aspect culturel

Pouvez-vous nous parler des activités de votre Centre ?

Tout d’abord la langue turque est enseignée. Actuellement nous avons 160 élèves Français sur 4 niveaux. De même des cours de français sont dispensés aux Turcs. Malheureusement leur nombre est entre 8 et 10. Même s’il existe des cours gratuits, les Turcs ne sont pas intéressés.

Nous avons des représentations régulières de groupe de théâtre et folklore. Mais également des expositions de peintures, d’arts traditionnels turco-islamique, de photographies, de calligraphies contemporaines…

Le 7ème art est également au programme avec la projection de films turcs. Enfin, les conférences organisées par le centre ont des thèmes très variables que ce soit sur les relations entre la France et la Turquie, l’UE, les problèmes liés à l’entrée dans l’UE, le dialogue entre les religions, les céramiques d’İznik…

Est-ce que les Français s’intéressent aux activités du Centre ?

Oui bien sûr. Si nous sommes toujours en activité c’est grâce aux Français qui forment les ¾ de nos adhérents. Ces derniers s’intéressent particulièrement à nos arts traditionnels.

Avez-vous le sentiment que la turcophobie persiste toujours ?

Actuellement c’est un peu différent, la situation n’est plus semblable. Les lobbys n’ont plus la même efficacité et il y a eu des évolutions comme par exemple le rapprochement de la Turquie et de l’Arménie. L’ouverture du gouvernement turc vis à vis de la question kurde a également eu un effet positif. Seulement avec la crise économique les sentiments nationaux s’exacerbent et des réflexes de replis communautaires s’en suivent.

Mais, il ne faut pas oublier d’autres facteurs importants : d’une part, la mal intégration de la communauté turque en Europe en général et en France en particulier. D’autre part après les événements du 11 septembre, il y a aussi eu une islamophobie qui s’est complètement généralisée en Europe. Et enfin l’absence d’une communication efficace de la part de l’Etat turque visant à mieux faire connaître la Turquie dans les pays européens et particulièrement en France.

Votre centre a t-il vocation à s’occuper des problèmes d’intégration des Turcs ?

Non, certaines associations ont été fondé par l’État français pour faciliter l’intégration des Turcs comme Elele. Mais un changement en début de 2010 a privé ces associations des subventions substantielles qui percevaient de la part de l’Etat français. C’est ainsi qu’après 25 ans d’existence, Elele a du mettre la clef sous la porte. Le Centre Culturel Anatolie agit de manière indirecte afin de faciliter cette intégration notamment grâce à l’enseignement de la langue turque.

Le fond du problème provient de l’histoire de la communauté turque; les premiers immigrés sont arrivés avec l’idée de faire quelques pécules, quelques économies et de retourner au pays. Cependant ils se sont aperçus –comme en Allemagne d’ailleurs, que les enfants qui avaient grandi ici ne pensaient plus à rentrer dans leur pays d’origine. Ils sont donc devenus des communautés fixes qui restent définitivement. Mais conservant l’idée d’un probable retour au pays, ils n’ont pas eu l’envie d’apprendre la langue ni de s’intégrer au pays dans lequel ils se trouvaient. Cet aspect joue donc contre l’image de la Turquie en Europe. Ils sont venus il y de cela 20 ans ou 30 ans et sont restés tels qu’ils étaient. Or en Turquie il y a eu une révolution vers la modernité. Cela conduit donc à un enfermement et à une ghettoïsation, n’ayons pas peur des mots.

Quelles seraient les solutions pour résoudre les problèmes d’intégration des Turcs de France ?

Tout d’abord, la communauté turque est éparpillée et pas du tout organisée. Même la religion Musulmane n’arrive pas à servir de dénominateur commun. Ensuite il est nécessaire de prendre la nationalité du pays dans lequel on vit. De surcroît la communauté attend tout de l’Etat. Or il faut abandonner cette idée et apprendre à collaborer aux organisations non gouvernementales. Enfin, il faut favoriser l’instruction afin que les jeunes Turcs puissent acquérir un certain niveau d’étude pour pouvoir s’intégrer. Sur un total de 450 à 500 milles immigrés turcs, seulement 2400 font des études universitaires. Il faut savoir s’adapter au milieu dans lequel vous vivez. Malheureusement que ce soit en Allemagne ou en France, les travailleurs immigrés ont cherché à amener leur village à l’endroit dans lequel ils se trouvaient, alors que c’était à eux de s’adapter.

Propos recueillis par Tugçe Kayar
Janvier 2011

Créé en 1984 à Paris par un groupe de Turcs et de Français amis de la Turquie et ce, pour faire face à la montée de la turcophobie dans le pays. Rencontre avec son responsable Dr. Demir Önger.

Quels sont les objectifs du Centre Culturel Anatolie ?

De nos jours, le centre n’a plus de portée politique. Comme son nom l’indique, il a un but culturel et cherche à faire découvrir la culture turque. Car la méfiance et le rejet de notre pays proviennent d’une part de la méconnaissance de la Turquie par les Français et d’autre part des lobbys anti-turcs qui travaillaient d’une manière très active en France. Ce centre a donc été créé pour contrecarrer toutes les actions de ces groupes de pression, et ce, uniquement à travers l’aspect culturel

Pouvez-vous nous parler des activités de votre Centre ?

Tout d’abord la langue turque est enseignée. Actuellement nous avons 160 élèves Français sur 4 niveaux. De même des cours de français sont dispensés aux Turcs. Malheureusement leur nombre est entre 8 et 10. Même s’il existe des cours gratuits, les Turcs ne sont pas intéressés.

Nous avons des représentations régulières de groupe de théâtre et folklore. Mais également des expositions de peintures, d’arts traditionnels turco-islamique, de photographies, de calligraphies contemporaines…

Le 7ème art est également au programme avec la projection de films turcs. Enfin, les conférences organisées par le centre ont des thèmes très variables que ce soit sur les relations entre la France et la Turquie, l’UE, les problèmes liés à l’entrée dans l’UE, le dialogue entre les religions, les céramiques d’İznik…

Est-ce que les Français s’intéressent aux activités du Centre ?

Oui bien sûr. Si nous sommes toujours en activité c’est grâce aux Français qui forment les ¾ de nos adhérents. Ces derniers s’intéressent particulièrement à nos arts traditionnels.

Avez-vous le sentiment que la turcophobie persiste toujours ?

Actuellement c’est un peu différent, la situation n’est plus semblable. Les lobbys n’ont plus la même efficacité et il y a eu des évolutions comme par exemple le rapprochement de la Turquie et de l’Arménie. L’ouverture du gouvernement turc vis à vis de la question kurde a également eu un effet positif. Seulement avec la crise économique les sentiments nationaux s’exacerbent et des réflexes de replis communautaires s’en suivent.

Mais, il ne faut pas oublier d’autres facteurs importants : d’une part, la mal intégration de la communauté turque en Europe en général et en France en particulier. D’autre part après les événements du 11 septembre, il y a aussi eu une islamophobie qui s’est complètement généralisée en Europe. Et enfin l’absence d’une communication efficace de la part de l’Etat turque visant à mieux faire connaître la Turquie dans les pays européens et particulièrement en France.

Votre centre a t-il vocation à s’occuper des problèmes d’intégration des Turcs ?

Non, certaines associations ont été fondé par l’État français pour faciliter l’intégration des Turcs comme Elele. Mais un changement en début de 2010 a privé ces associations des subventions substantielles qui percevaient de la part de l’Etat français. C’est ainsi qu’après 25 ans d’existence, Elele a du mettre la clef sous la porte. Le Centre Culturel Anatolie agit de manière indirecte afin de faciliter cette intégration notamment grâce à l’enseignement de la langue turque.

Le fond du problème provient de l’histoire de la communauté turque; les premiers immigrés sont arrivés avec l’idée de faire quelques pécules, quelques économies et de retourner au pays. Cependant ils se sont aperçus –comme en Allemagne d’ailleurs, que les enfants qui avaient grandi ici ne pensaient plus à rentrer dans leur pays d’origine. Ils sont donc devenus des communautés fixes qui restent définitivement. Mais conservant l’idée d’un probable retour au pays, ils n’ont pas eu l’envie d’apprendre la langue ni de s’intégrer au pays dans lequel ils se trouvaient. Cet aspect joue donc contre l’image de la Turquie en Europe. Ils sont venus il y de cela 20 ans ou 30 ans et sont restés tels qu’ils étaient. Or en Turquie il y a eu une révolution vers la modernité. Cela conduit donc à un enfermement et à une ghettoïsation, n’ayons pas peur des mots.

Quelles seraient les solutions pour résoudre les problèmes d’intégration des Turcs de France ?

Tout d’abord, la communauté turque est éparpillée et pas du tout organisée. Même la religion Musulmane n’arrive pas à servir de dénominateur commun. Ensuite il est nécessaire de prendre la nationalité du pays dans lequel on vit. De surcroît la communauté attend tout de l’Etat. Or il faut abandonner cette idée et apprendre à collaborer aux organisations non gouvernementales. Enfin, il faut favoriser l’instruction afin que les jeunes Turcs puissent acquérir un certain niveau d’étude pour pouvoir s’intégrer. Sur un total de 450 à 500 milles immigrés turcs, seulement 2400 font des études universitaires. Il faut savoir s’adapter au milieu dans lequel vous vivez. Malheureusement que ce soit en Allemagne ou en France, les travailleurs immigrés ont cherché à amener leur village à l’endroit dans lequel ils se trouvaient, alors que c’était à eux de s’adapter.

* Propos recueillis par Tugçe Kayar

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