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Le Centre culturel Atatürk a ouvert ses portes après 13 ans de fermeture

Samedi 30 octobre, à 19 heures, je sortais du métro Taksim. En me tournant, je découvre alors, illuminé de toutes parts, le majestueux et nouveau Centre culturel Atatürk (AKM). Je ne suis jamais allée dans ce centre culturel emblématique d’Istanbul qui, après être resté fermé durant dix ans, a été démoli et reconstruit à l’identique. Émue, je traverse la place et me dirige dans sa direction. Arrivée devant, je vois l’immense file d’attente pour sa première représentation publique après presque 13 ans d’absence. Un peu plus tard, je franchis la porte d’entrée. À l’entrée, je me retrouve en face de la sphère géante en acier. Une demi-heure plus tard, assise confortablement dans la grande et magnifique salle de l’opéra, qui était pleine pour l’occasion, j’observe l’entrée du chef d’orchestre Gürer Aykal dans la fosse d’orchestre. Tout est enfin prêt pour l’opéra Sinan, commandé pour l’inauguration du nouvel AKM. Gürel Aykal lève sa baguette. La musique se fait entendre. Et c’est le début d’une soirée inoubliable.        

Le nouvel AKM a retrouvé les amateurs d’art le 29 octobre, le jour de la fondation de la République turque. Situées à Taksim au milieu des bâtiments emblématiques d’Istanbul, ses fondations ont été érigées pour en faire un opéra en 1946. Il a été achevé en 1969 et est devenu le Palais de la culture d’Istanbul. Ce dernier a été fermé à la suite d’un incendie en 1970. Après les travaux de rénovation, le bâtiment a rouvert en 1978 sous le nom de Centre culturel Atatürk.

En 1969, il était le quatrième plus grand centre d’art du monde. L’AKM est l’un des édifices symboliques de l’ère républicaine de Turquie. Le centre culturel est resté fermé de 2008 à 2018. En février 2018, il a été démoli pour en construire un nouveau. Les fondations du nouvel AKM ont été posées en 2019. Le nouvel AKM, qui porte la signature de Murat Tabanlıoğlu, le fils de Hayati Tabanlıoğlu, l’architecte du premier bâtiment, a été rénové tout en préservant sa structure emblématique et ses caractéristiques. Il se compose de cinq blocs.

Le mur de Sadi Diren, le céramiste de l’ancien AKM, a été reconstruit. L’escalier en colimaçon du foyer de l’opéra est également fidèle à l’original. La sphère géante en acier, située à l’entrée de l’AKM, se compose de 15 000 coupes en céramique. À l’intérieur de la sphère se situe un opéra colossal. La technologie de pointe en termes de mécanique et de systèmes scéniques a été utilisée pour la salle qui a une capacité de 2 040 spectateurs et qui peut accueillir un orchestre de 118 musiciens. Les salles à l’intérieur du nouveau centre culturel ont également été conçues comme des salles de concert acoustiques. Une grande salle de théâtre d’une capacité de 805 personnes est conçue comme une salle polyvalente. 

Le second bâtiment de l’AKM, également appelé « rue culturelle » et conçu comme un espace de vie avec une superficie fermée de 95 000 mètres carrés, est composé d’une bibliothèque de deux étages, d’un centre pour enfants, d’un cinéma, d’une plate-forme musicale, de cafés, d’une boutique de design et de restaurants. 

Le ministre de la Culture et du Tourisme Mehmet Nuri Ersoy souligne que l’« AKM, au-delà d’être un projet en soi, est une œuvre qui apporte une contribution et a une influence très précieuses sur la transition entre l’idée et la pratique du projet du Festival de La Route Culturelle de Beyoğlu. » Grâce à cette réouverture et à ce festival, la vie culturelle à Istanbul retrouve le rythme qu’elle avait avant la pandémie.    

L’opéra Sinan

L’opéra Sinan sur lequel le rideau du nouveau AKM s’est levé pour la première fois a été commandé par le Président Erdoğan au compositeur Hasan Uçarsu. 

L’écriture de l’œuvre a duré deux ans. Le compositeur s’est appuyé sur le scénario du Grand Sinan de Bertan Rona et d’Halit Refiğ. On doit la mise en scène à l’Italien V.G. Travaglini, tandis que le magnifique décor a été conçu par Zeki Sarayoğlu et les splendides costumes ont été créés par Serdar Basbuğ. 

Sinan est le premier opéra du compositeur Hasan Uçarsun qui en parle ainsi : « Il m’a semblé juste que la réouverture de l’AKM se soit faite avec l’histoire de Sinan. Depuis Atatürk, il n’y a pas eu une telle demande de la part de la présidence de la République, soit depuis près de 85 ans. L’opéra raconte l’amitié qui se noue entre un homme d’État et un artiste, mais se concentre surtout sur la construction de la mosquée Süleymaniye. La direction de l’orchestre de l’Opéra et du Ballet d’État d’Istanbul par le très grand chef Gürer Aykal a été ma plus grande chance. »

Le Festival de La Route Culturelle de Beyoğlu

Après la réouverture d’AKM, le 30 octobre, Istanbul a accueilli un autre événement exceptionnel. Le Festival de la Route Culturelle de Beyoğlu était organisé par le ministère de la Culture et du Tourisme dans le but de contribuer à la renommée internationale d’Istanbul, mais également afin de réunir les Stambouliotes autour de l’art et de la culture après la pandémie. 

Plus d’un millier d’artistes ont présenté leurs performances dans 64 lieux différents de Beyoğlu – sur le parcours reliant l’AKM à Galataport – pendant 15 jours. Du 30 octobre au 14 novembre, Istanbul a ainsi offert une expérience inoubliable aux amateurs d’art locaux et étrangers à travers des concerts, des pièces de théâtre, des conférences et des ateliers. En effet, 40 stands et projets, 75 concerts, 45 ateliers, 20 conférences, 15 projections architecturales et 10 performances d’artistes ont été organisés. 

Outre l’AKM rénové par le ministère de la Culture et du Tourisme, le festival a lui aussi permis de mettre en lumière des structures historiques, culturelles et architecturales restaurées par le ministère telles que la tour de Galata, le cinéma Atlas, le Galata Mevlevihanesi, la maison commémorative Mehmet Akif et le centre culturel Tarık Zafer Tunaya. 

Selon le directeur de l’événement, Arhan Kayar, « un festival aussi complet a rarement été organisé. Il comportait de nombreuses dimensions allant des concerts aux arts traditionnels, aux expositions, aux rencontres littéraires, mais aussi aux ateliers pour les enfants […] Ce festival n’est pas ponctuel. C’est désormais un événement biannuel qui sera organisé au printemps et à l’automne de chaque année ». 

Mireille Sadège, rédactrice en chef

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