Chroniques

Le chaos en Egypte

Au début de l’été, l’Egypte est devenue le théâtre d’importantes manifestations populaires réclamant le départ du président élu, M. Morsi. Ce dernier est alors renversé par l’Armée qui reprend le pouvoir. Mais très vite, les affrontements vont opposer les pro-Morsi, qui comptent essentiellement des Frères musulmans, à l’armée,  conduisant à des massacres de civils et créant un chaos dans le pays.

À la question d’une journaliste : « Pourquoi d’après-vous le ‘Printemps Arabe’ en Egypte  s’est terminé par un quasi fiasco ? »,  l’ancien ambassadeur et actuel député du parti d’opposition CHP, Monsieur Faruk Loğoğlu, répond ainsi : « Dire que le ‘Printemps Arabe’ s’est terminé est une conclusion hâtive et fausse. Et le terme fiasco est carrément injuste. Les revendications dans les pays arabes concernant la liberté et la démocratie continuent et vont continuer. Mais ceux qui résument la démocratie uniquement aux élections seront tôt ou tard écartés, tout comme M. Morsi. Ce dernier a en effet utilisé la légitimité que lui avaient donnée les urnes pour instaurer la charia. Il a préféré ignorer les revendications de liberté de son peuple et n’a rien fait pour résoudre les graves problèmes économiques du pays. Pour que la démocratie puisse se développer dans les pays arabes, il faut une séparation nette entre la religion et la politique, ce qui n’est pas le cas actuellement ».

Mais l’enlisement de la situation en Egypte conduit aussi à l’accroissement de la tension dans la région, et également à marginaliser la Turquie. En effet, le soutien qu’apporte cette dernière au président Morsi ne trouve pas d’écho favorable, ni parmi ses alliés occidentaux (américains et européens), ni parmi les pays de la Ligue arabe. De plus, la tension ne cesse de monter entre la Turquie et les Etats-Unis d’une part, et avec l’Arabie Saoudite d’autre part.

Une partie de la presse et l’opposition en Turquie se sont emparées alors de la situation pour critiquer la politique extérieure du parti au pouvoir (décrié également pour son soutien à l’opposition en Syrie) qui ambitionnait une politique de zéro problème de voisinage et qui finit par isoler le pays sur la scène internationale. Face à ces critiques, les responsables rétorquent en parlant d’une « solitude honorable ». Cette position sera-t-elle tenable longtemps ?

Le « Printemps arabe » est un processus long mais deux facteurs y seront décisifs : d’abord le développement de la laïcité dans les pays arabes, à ce sujet je citerai la déclaration de Bernard Henri Lévy parue dans le quotidien Cumhuriyet  « Le concept d’islam modéré a été lancé par les Européens mais aujourd’hui on se rend compte que moralement cela a conduit à une illusion répréhensible ». Et ensuite un nécessaire changement de la politique des Occidentaux qui vise à contrôler les sources d’énergie, le pétrole et le gaz.

Mireille Sadège

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