Politique, Société

Le plan Cazeneuve : à la recherche de la compatibilité entre l’islam et la République

Dans une France qui compte environ 4 à 5 millions de citoyens de confessions musulmanes et dans le contexte post-attentats actuel; le plan Cazeneuve présente une République française qui se veut protectrice de l’islam au nom de la laïcité.

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Islam et République, la nécessité d’approfondir le dialogue

Suite aux évènements de janvier dernier, la France a connu une hausse d’actes islamophobes. Environ 176 agressions islamophobes ont été comptabilisées en un mois, c’est bien plus que tous les actes recensés en 2014 selon le ministère de l’Intérieur.

Dans le but d’apaiser les tensions et pour achever une stigmatisation grandissante, le gouvernement français a décidé, lors du conseil des ministres du 25 janvier dernier, de mettre en place un dialogue permettant une meilleure représentation des musulmans. Il s’agit du plan Cazeneuve. Cette réforme qui devrait être effective d’ici cet été selon Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, reprend les principes de l’instance Matignon créée par Lionel Jospin en 2002 et permettant à l’Église catholique d’être entendue par le gouvernement.

Le plan Cazeneuve a pour but d’améliorer l’intégration de l’islam. La deuxième religion de France doit être « compatible » avec la République selon Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur.

La création d’une instance de dialogue est la première mesure annoncée de cette réforme, et assurément la plus importante. En effet, celle-ci entend rassembler des interlocuteurs très divers sans pour autant remplacer le Conseil français du culte musulman (CFCM). Le CFCM, créé en 2003, ne cessera pas d’exister, mais « à lui de prendre toute sa place dans cette dynamique », profère-t-on place Beauvau.

L’instance prévoit de se réunir deux fois par an autour du Premier ministre à partir du 17 juin 2015, soit pour le début du prochain ramadan. « Nous voulons le dialogue le plus large possible dans le respect des valeurs de la République. C’est à chacun des Français musulmans de se positionner », a stipulé Bernard Cazeneuve.

Quatre grandes orientations

  • La formation des imams

Un encadrement strict pour devenir imam est annoncé par la réforme. Cet encadrement passera notamment par l’obtention de diplômes universitaires (DU). Le nombre d’université délivrant ce diplôme souhaite être doublé. De six centres universitaires on passerait alors à douze. Cette proposition permettra selon le ministère de « favoriser l’émergence d’une génération d’imams pleinement insérés dans la République ». Les aumôniers musulmans sont aussi concernés par cet encadrement. Aujourd’hui au nombre de 180, ils sont présents dans les hôpitaux ou les prisons ; leur rôle sera d’anticiper le basculement djihadiste.

  • La mise en avant des œuvres de l’islam

Une fondation en partenariat avec l’Institut du monde arabe va voir le jour pour « promouvoir les réalisations de l’islam de France ». Les initiatives « permettant l’accès aux œuvres de l’islam pour une meilleure connaissance de l’apport de cette religion à l’humanisme » seront favorisées.

  • Le développement de cursus sur la question de l’islam

Des bourses vont être accordées aux doctorants effectuant des recherches universitaires sur la question de l’islam, encourageant ainsi les interventions permettant une meilleure connaissance de la religion musulmane. Par ailleurs, les établissements confessionnels seront fortement encouragés à contracter avec l’éducation nationale. Les établissements restant hors contrat seront quant à eux soumis à la surveillance des préfets et recteurs.

  • La protection des lieux de cultes musulmans

Actuellement, environ un millier de policiers sont chargés de garder les lieux de culte musulmans français. L’objectif étant à l’avenir de débloquer des fonds pour une protection fixe et durable, à travers notamment l’installation d’équipements tels que des caméras de surveillances.

Ainsi, le plan Cazeneuve ne remet pas en cause la loi de 1905 concernant la séparation de l’Église et de l’État, la laïcité restant primordiale dans le projet. Il est essentiel « que la République protège tous ses enfants, et notamment les mosquées de tous les actes antimusulmans », a proclamé le ministre de l’Intérieur.

Pauline Autin

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