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Le président ouzbek, Islam Karimov, est mort

C’est officiel, Islam Karimov, à la tête du pouvoir en Ouzbékistan depuis 27 ans, est mort vendredi 2 septembre. téléchargementSamedi 27 août, la fille cadette de l’ancien apparatchik soviétique et ambassadrice de l’Ouzbékistan auprès de l’UNESCO à Paris, Lola Karimova-Tillyaeva, avait annoncé que son père avait été hospitalisé à la suite d’une hémorragie cérébrale qui a finalement eu raison du dirigeant de ce pays d’Asie centrale.

Selon une source diplomatique, celui qui tenait les rênes du pays depuis 1989 est décédé vendredi 2 septembre à l’âge de 78 ans des suites de son hémorragie cérébrale dans la capitale du pays, Tachkent. Cette nouvelle a été confirmée par la télévision d’État.

Ses funérailles auront lieu samedi à Samarcande, sa ville natale.

Président durant 27 ans

Ancien membre du Parti communiste de l’Union soviétique, l’unique président ouzbek a vu sa carrière politique s’accélérer sous Mikhaïl Gorbatchev. Islam Karimov est devenu vice-premier ministre d’Ouzbékistan en 1986, avant d’obtenir le poste de premier secrétaire du parti communiste ouzbek en 1989.

À la suite de la chute de l’URSS, de premières élections sont organisées le 29 décembre 1991. Il les remportera avec plus de 86% des voix. Depuis, il n’a jamais quitté le pouvoir. En effet, après l’indépendance de l’Ouzbékistan, en août 1991, Islam Karimov a été réélu président à chaque élection avec plus de 90 % des suffrages. Même ses « rivaux » aux élections déclaraient ouvertement voter pour lui.

Le 29 mars dernier, l’homme de 72 ans avait entamé un quatrième mandat.

Une main de fer

Longtemps critiqué par l’Occident qui accusait Karimov de violer les droits de l’homme à répétition et de mener son pays d’une façon autoritaire, son régime s’était donné comme mot d’ordre de lutter contre l’islamisme radical.

De nombreux observateurs occidentaux ainsi que des organisations telles Human Right Watch (HRW) dénonçaient régulièrement que cette mission dont le président ouzbek s’était investi lui a permis d’excuser la répression exercée contre l’opposition et de mener le massacre du 13 mai 2005 durant lequel des centaines de manifestants réunis à Andijan, dans l’est du pays, ont été tués par les forces de sécurité.

Selon les organisations de défense des droits de l’homme, dans les centres d’incarcérations du pays, on compterait encore plus de 12 000 prisonniers politiques accusés d’être des « extrémistes » ou de mener des activités d’ordres « anticonstitutionnelles ». En outre, ces organisations soulignent que la torture et le travail forcé sont des pratiques répandues ainsi que les persécutions envers les militants politiques, les journalistes, mais aussi les religieux.

HRW stipule à ce sujet que « le gouvernement refuse aux citoyens la liberté d’association, d’expression, et de religion, utilisant pour cela les persuasifs services de sécurité du pays pour maintenir un contrôle rigide sur la population ».

Une succession incertaine

Islam Karimov n’ayant pas désigné de successeur, le futur de l’Ouzbékistan est aujourd’hui incertain.

Selon les analystes spécialisés sur la vie politique de ce pays, le choix de celui qui prendra les rênes du pays se décidera derrière des portes closes par les proches du défunt ainsi que par un petit groupe de hauts fonctionnaires.

Sans compromis, des confrontations liées à des luttes de pouvoir pourraient éclater et venir déstabiliser le pays d’Asie centrale avec des risques de conséquences désastreuses étant donné que le pays est devenu une cible des militants islamistes.

Condoléances du Premier ministre turc et du Président russe

Vladimir Poutine, qui entretenait d’étroites relations avec Islam Karimov, a envoyé un télégramme de condoléances publié par le Kremlin. Il y décrit l’ancien président comme un « homme d’État de la plus grande autorité et un vrai leader » avant de stipuler que sa mort était « une perte immense pour le peuple d’Ouzbékistan ainsi que pour la Communauté des États indépendants (regroupant des ex-républiques soviétiques, NDLR) et les pays partenaires de l’Organisation de coopération de Shanghai ».

Le Premier ministre turc, Binali Yıldırım, a lui aussi présenté ses condoléances à l’Ouzbékistan lors d’une réunion avec son cabinet retransmis à la télévision : « Le président ouzbek, Islam Karimov, nous a quitté […] la République turque partage la douleur et la peine du peuple d’Ouzbékistan ».

Camille Saulas.

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