International, Politique

Le référendum Suisse : d’un acte démocratique à une dérive nationaliste.

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Cette déclaration de Benjamin Franklin – considéré comme l’un des Pères fondateurs des Etats-Unis- résume assez bien la situation actuelle de la Suisse au lendemain du référendum sur la « limitation de l’immigration massive ». En effet, par cette adhésion populaire –validée par 50,3% de la population, soit la majorité des cantons et des électeurs – la Suisse remet en cause les accords de libre circulation conclus avec l’Union européenne (UE) et mis en vigueur progressivement depuis 2002. Ce référendum est le symbole d’une population manipulée par le discours de partis nationalistes qui s’appuient sur un malaise social pour proposer des solutions simplistes et stéréotypées, répondant aux angoisses et incertitudes -augmentation des loyers, pertes d’emplois- de certaines catégories sociales face aux mutations de nos sociétés. A l’initiative de ce référendum on retrouve le parti de l’Union démocratique du centre -parti de droite populiste- qui se fait le garant de ce projet et revendique la volonté de fermer les frontières et de remettre en place des quotas et des contingents en fonction des besoins économiques du pays. Même si elles sont encore floues, les conséquences de ce référendum vont être sans aucun doute néfastes pour la Suisse.

Un petit « oui » aux conséquences préjudiciables pour les relations entre Berne et l’Union européenne

Affichage des défenseurs du référendum.

Affiche pour le oui au référendum.

Au niveau des relations avec l’Union européenne, le référendum constitue une réelle rupture. En effet, même si la Suisse ne fait pas partie officiellement de l’Union européenne elle est étroitement liée à cette dernière par des accords bilatéraux négociés régulièrement. Du fait de la « clause guillotine », qui lie les accords entres eux, si l’accord sur la libre circulation est dénoncé, les autres accords bilatéraux signés entre Berne et l’Union Européenne -sept au total- deviendront eux aussi caducs. De la même manière, l’adhésion de la Suisse à l’espace Schengen abolissant les frontières, serait également remise en question. D’un point de vue diplomatique, l’adhésion populaire au référendum a bouleversé la communauté européenne. Aussitôt le « oui » proclamé, la Commission européenne a « regretté » la décision du peuple Suisse d’introduire des quotas d’immigration et « examinera les implications de cette initiative sur l’ensemble des relations entre l’UE et la Suisse ».
Sur le plan économique, ce référendum semble aussi être une mauvaise opération pour la Suisse. En effet, lorsque l’on s’intéresse au commerce extérieur de la Suisse, on peut voir qu’en 2008, 62 % des exportations et 81,2 % des importations du pays se sont faites avec l’Union européenne. Avec ce référendum, les accords d’ouverture du marché seraient directement concernés, rendant plus difficiles les exportations suisses. D’autre part, dans un pays où seulement 3 % de la population active est au chômage, la libre-circulation permet aux entreprises suisses de recruter en Europe la main-d’œuvre spécialisée dont elles ont besoin quand elles ne la trouvent pas en Suisse.
En terme politique, diplomatique et économique, l’adoption du référendum visant à « limiter l’immigration de masse » semble d’ores et déjà néfaste pour l’avenir de la Suisse.

Une démocratie théoriquement exemplaire au service d’une ambition nationaliste.

Affichage des opposants au référendum.

Affiche pour le non au référendum

La Suisse est considérée par nombres d’experts comme une organisation politique quasi parfaite. En effet, à chaque nouveau référendum, politologues et journalistes s’empressent de faire l’éloge de cet usage presque unique de la démocratie directe. Il existe en Suisse trois types de scrutins qui permettent aux citoyens suisses d’orienter la politique de leur pays. En cas de révision de la Constitution ou d’adhésion à une organisation supranationale, le gouvernement met en place un référendum dit obligatoire. Dans le cadre de l’adoption d’une norme, huit cantons ou cinquante milles citoyens ont la possibilité -dans un délai de cent jours- d’organiser un référendum facultatif pour la révision de la norme. Enfin, comme dans le cas du référendum sur « l’immigration contrôlée », cent milles citoyens peuvent mettre en place une initiative populaire. La Suisse est donc la définition même de la démocratie c’est-à-dire « du gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».
Néanmoins, comme le montre ce référendum, de même que l’adoption en 2007 d’une loi permettant l’expulsion de criminels d’origine étrangère ou encore en 2009 une loi interdisant la construction de nouveaux minarets, la Suisse est soumise à une vague extrémiste avec en fer de lance le parti de l’Union démocratique du centre. La lutte contre l’extrémisme place la démocratie suisse comme l’ensemble des démocraties devant un dilemme car elles doivent, d’une part, garantir la liberté d’expression, de réunion et d’association et permettre la représentation politique de tout groupe politique et elles doivent, d’autre part, se défendre et établir des garde-fous face à l’action de certains partis extrémistes bafouant les fondements de la démocratie.
La question de la démocratie et de l’extrémisme est donc extrêmement délicate et mérite toute l’attention de l’Union européenne.

Le référendum helvète : le reflet d’un malaise européen

Au lendemain de l’adoption du référendum par le peuple suisse, un certain nombre de partenaires européens ont félicité la démarche entreprise par le parti de l’Union démocratique du centre. En France, le Front national, présidé par Marine Le Pen, a salué « la lucidité du peuple suisse ». Autre pays européen à s’être prononcé sur le référendum, l’Angleterre, à travers Nigel Farage, chef du parti britannique populiste qui a déclaré « c’est une merveilleuse nouvelle pour les amoureux de la liberté et de la souveraineté nationale en Europe ». Enfin, en Autriche, le dirigeant du parti d’extrême droite FPÖ Heinz Christian Strache, a évoqué un « grand succès ». Cette adhésion populaire de la part du peuple suisse mais également l’approbation d’un certain nombre de pays européens, reflètent l’agitation populiste et xénophobe parcourant le Vieux Continent.

A moins de trois mois des élections européennes, le référendum du 9 février dernier qui ressemble davantage à un vote contre l’immigration qu’à un vote contre l’Europe, doit servir d’électrochoc à l’ensemble de la communauté européenne qui doit réagir au plus vite si elle veut éviter une vague nationaliste et extrémiste aux prochaines élections.

Quentin GRISLAIN

1 Comment

  1. youssef ibn Tachfin

    égoïsme occidental tout azimut , les 28 font de même avec les moins riches qu’eux .

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