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L’Ecosse dit « Non Merci » à l’issue du référendum

Hier se tenait un référendum historique sur l’indépendance de l’Ecosse à l’égard du Royaume-Uni. Un référendum aux répercussions mondiales, capable de désorienter non seulement cette partie du Commonwealth mais d’attiser des tensions dans toutes les minorités mondiales, à l’image de la Catalogne, du Québec ou même encore de la Savoie.

Il n’y aura pas d’indépendance

Référendum Ecosse/R.U No thanks

Référendum Ecosse/R.U
No thanks

En Janvier 2012, le premier ministre Ecossais Alex Salmond réélu par une grande majorité annonce l’organisation d’un référendum historique concernant l’indépendance de l’Ecosse vis à vis du Royaume-Uni. C’est sur le leader écossais anti-séparatiste Alistair Darling que reposaient les espoirs du Pays de Galles, de l’Irlande du Nord et de l’Angleterre. La perspective d’une division du Royaume-Uni aurait sans aucun doute affaibli la puissance et l’unité de ce corps de nations représenté par un David Cameron logiquement très inquiet et préoccupé ces dernières semaines. Le scrutin a parlé et les votes ont donné raison à majorité pour les unionistes. L’Ecosse restera sous le contrôle de Westminster et de Londres. Avec un taux de participation de 85%, 52,23% des suffrages recueille le non contre 44% de oui. Ainsi, ce sont plus de deux millions d’Écossais qui n’ont pas souhaité changer la situation actuelle de leur nation. Toutefois, les tensions séparatistes ne peuvent se calmer si rapidement. David Cameron, après avoir prononcé un discours plein d’émotions ce matin a alors souligné un élargissement des pouvoirs du Parlement d’Holyrood créé en 1997, à commencer par une politique fiscale autonome.

Un peu d’histoire…

A l’aube de Février 1610, Jacques VI, roi d’Ecosse accède au trône d’Angleterre et scelle alors un pacte unique unissant les couronnes des deux terres. Pourtant, l’Ecosse et l’Angleterre n’ont eu de cesse de se livrer des combats tumultueux au fil des années redéfinissant à chaque fois les frontières et les droits des pays, leur dépendance ou leur indépendance. En 1707, l’Ecosse et l’Angleterre deviennent un seul et unique Etat. Les terres écossaises étant aux prises avec de nombreuses contraintes naturelles, des pénuries alimentaires sévissaient alors depuis 1695, en parallèle, la fin de l’Edit de Nantes poussait les deux zones protestantes à se rassembler en quête de force et d’invulnérabilité. En 1328, le Traité d’Edimbourg venait pourtant accorder l’indépendance écossaise, une date encore très présente pour ce peuple du Nord, tout comme 1314, l’année de la fameuse bataille de Bannockburn où Robert Bruce affligeait une large défaite aux troupes d’Edouard II d’Angleterre. Après le 1er Mars 1979 et le 11 Septembre 1997, le référendum du 18 Septembre 2014, 700 ans après Bannockburn se présentait comme la troisième démarche indépendantiste de l’Ecosse.

Quels étaient les risques d’une Ecosse libre et indépendante ?

Référendum Ecosse/R.U

Référendum Ecosse/R.U

Pour débuter, les enjeux concernant la politique extérieure de l’Ecosse auraient été de mise. Comment garantir au territoire indépendant la poursuite de l’intégration écossaise dans l’Union Européenne ? Comment garantir la poursuite d’une exportation conséquente de whisky et laines de moutons par delà les frontières pour des prix inchangés ? Comment garantir la poursuite du Royaume-Uni sans l’Ecosse ? Comment garantir aux Écossais une monnaie viable, le Pound ou l’Euro ? Bien-entendu, c’est tout le Royaume-Uni qui en aurait été touché et affaibli. Et c’est une terre qui aurait été confrontée à des taxes douanières très probables.

Pour autant, l’indépendance n’est pas si futile…

Si Alex Salmond enchaine un second mandat en tant que Premier Ministre, c’est qu’il est populaire auprès d’un peuple aux tendances séparatistes développées. En effet, si le Parlement d’Edimbourg jouit d’un pouvoir législatif et opère sur les transports et l’environnement, les politiques les plus importantes, concernant le budget ; les affaires étrangères, la défense et la fiscalité proviennent de Londres. L’Ecosse est une terre libérale et être représenté par un Cameron conservateur peut faire obstacle à cette alliance, d’autant quand l’impression d’être volé apparaît. En effet, si les séparatistes écossais sont si nombreux, c’est aussi par les cris au scandale émanant de Glasgow et d’Edimbourg en ce qui concerne les ressources pétrolières du Royaume-Uni. Plus de 90% de cette énergie fossile sur la Mer du Nord appartient à l’Ecosse qui revendique alors un retour économique plus important qu’il ne l’est. A lui seul, le pétrole pourrait rapporter jusqu’à 13 milliards d’euro annuel. Enfin, à l’image du Royaume-Uni face à l’Union Européenne en 2012, l’Ecosse proteste contre un déficit démocratique trop fort. Londres aurait trop de pouvoirs. Il y a des allures de Nigel Farage face à Bruxelles dans un tel discours… Le monde ne semble être qu’une poupée russe en fin de compte.

Qu’attendre de l’avenir ?

Si Cameron promet une extension de pouvoir pour le Parlement d’Holyrood, Salmond a déclaré ce matin que si les promesses n’étaient pas tenues, un second référendum aurait lieu d’ici 2016. Il faudra alors beaucoup de diplomatie de la part du Premier Ministre du Royaume-Uni pour accorder plus de souveraineté aux Ecossais tout en gardant une ligne politique inchangée envers l’Irlande du Nord et le Pays de Galles. Si l’Ecosse a inquiété l’ordre de ces quatre nations, elle pourrait être l’occasion de souder à nouveau une institution historique aux fondements bien ancrés. Les financiers l’avaient prévu, comme en témoigne la Livre-Sterling, aujourd’hui à son point culminant.

Maxime Tettoni

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