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Les démocrates organisent un sit-in contre les armes à feu

Le 22 juin dernier, des parlementaires démocrates ont organisé un sit-in au Congrès américain afin de s’élever contre le refus de la majorité des républicains de voter sur de nouvelles restrictions concernant les armes à feu. 2016-06-23 12.08.03Les images sont étonnantes, saisissantes et rares : des représentants démocrates, en costumes et tailleurs, assis sur le sol de la Chambre des représentants – une institution américaine scrupuleusement respectueuse du protocole.

Mais cette fois s’en est trop pour les démocrates qui, dix jours après la triste attaque d’Orlando qui a fait 49 morts, désirent que le Congrès vote enfin de nouvelles restrictions contre les armes à feu ; processus auquel s’oppose une majorité des républicains.

La colère des démocrates face à l’inaction du Congrès

Mercredi 22 juin, John Lewis, élu afro-américain de Géorgie, mais aussi figure emblématique du mouvement des droits civiques dans les années 1960, a débuté son intervention par un discours vibrant contre les armes à feu d’une dizaine de minutes.

Après avoir déclaré : « Nous devons occuper l’hémicycle de la Chambre jusqu’à ce qu’on puisse agir », les démocrates ont répondu à son appel et ont entrepris de s’asseoir sur le sol de l’hémicycle refusant de partir à l’arrivée du président républicain de la séance, Ted Poe, qui a fini par suspendre la séance.

Durant leur action, les démocrates n’hésitaient pas à scander : « pas de loi, pas de congés ». Les démocrates font preuve d’une grande détermination et l’affichent dans les médias. J. Lewis a tweeté hier : « On doit parfois se mettre en travers du chemin. On doit faire du bruit en s’exprimant et en parlant fort contre l’injustice et l’inaction ». Tandis que la démocrate Karen Bass a stipulé devant la presse : « Nous resterons jusqu’à ce qu’ils se décident à organiser un vote ».

Suspension de séance, mais une indignation qui ne s’essouffle pas

Les microphones ont été coupés afin que les discours des démocrates soient inaudibles, à la plus grande indignation des élus démocrates dont la présidente de ce parti, Debbie Wasserman-Schultz : « Si les lâches républicains qui contrôlent la Chambre allumaient les micros, on pourrait nous entendre un peu plus fort ».

Malgré la suspension de séance par le président républicain et l’arrêt des microphones, les démocrates sont restés dans l’hémicycle et c’est la chaine parlementaire C-SPAN qui a retransmis la suite du sit-in grâce à Periscope – une application de Twitter – et au service de vidéo en direct d’un compte Facebook d’un représentant à la Chambre – Beto O’Rourke. Une première pour la chaine institutionnelle qui n’a normalement le droit de filmer que ce qui se passe lorsque la Chambre est en session.

Un des élus de la Chambre a expliqué : « C-SPAN n’a pas le contrôle des caméras de la chambre. Elle utilise maintenant le @periscopeco de @RepScottPeters ». Quant au directeur de communication de C-SPAN, Howard Mortman. Celui-ci a déclaré à l’AFP : « Notre mission c’est de couvrir le Congrès. Nous sommes une organisation de service public à but non lucratif. Nous ferons ce que nous pourrons pour montrer ce qui se passe au Congrès ».

C’est cette couverture qui a permis de relayer le mouvement des démocrates et a contribué à sensibiliser une partie du pays à la cause qu’ils défendent avec véhémence.

Un débat crucial

Le massacre d’Orlando, qui a causé la mort de 49 personnes de la communauté LGBT, a relancé les débats sur les armes aux États-Unis.

Depuis la tuerie, les démocrates désirent faire de la lutte contre les armes un enjeu principal de leur campagne alors que les élections législatives et présidentielles se profilent à l’horizon. Elles sont en effet prévues pour le 8 novembre prochain.

Les parlementaires républicains ont donc déposé plusieurs propositions de loi afin que l’accès aux armes à feu aux États-Unis soit davantage réglementé.

Entre autres, ils ont proposé une vérification généralisée des antécédents criminels et psychiatriques des individus désirant acheter une arme et interdire aux personnes inscrites sur les « no fly list » ainsi qu’aux personnes qui sont soupçonnées d’être ou d’avoir été engagées dans des activités terroristes d’acquérir des armes.

Les démocrates désirent que ces dispositions soient débattues avant vendredi 24 juin, date à laquelle les vacances parlementaires vont débuter et ne finiront que le 5 juillet. D’où le slogan durant le sit-in : « pas de texte de loi, pas de pause ».

Malheureusement, la majorité des républicains ont bloqué les amendements proposés pour réguler l’accès aux armes, au grand désarroi des démocrates.

Attaché au 2e amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique garantissant aux citoyens américains le droit de porter des armes, c’est sans surprise que les républicains ont rejeté, le lundi 20 juin, au Sénat, toute proposition qui remettrait en cause le droit d’avoir des armes.

Barack Obama soutient le mouvement

Le président américain, Barack Obama, a salué l’initiative démocrate du 22 juin, qu’il supporte, publiant sur Twitter : « Parfois, il faut se mettre en travers du chemin. Il faut faire du bruit en parlant haut et fort contre l’injustice et l’inaction […] Merci, John Lewis, de mener [ce mouvement] contre la violence liée aux armes, là où nous en avons le plus besoin ».

Durant son second mandat, Barack Obama s’est montré particulièrement investi dans la lutte contre les armes à feu. Mais, l’opposition des Républicains l’a toujours empêché d’avance sur ce dossier.

Un enjeu central de la campagne présidentielle

Quant à Hillary Clinton, la candidate démocrate aux élections présidentielles américaines prévues pour la fin de l’année, elle s’est toujours prononcée pour la restriction du second amendement.

Sans surprise, Donald Trump a encore montré son talent à tenir des propos polémiques et contradictoires en se prononçant pour la première fois, après la tuerie d’Orlando, en faveur d’une loi interdisant la vente d’armes aux personnes surveillées pour activités terroristes tout en déclarant que si les personnes qui sont décédées à Orlando avaient eu des armes, ils ne seraient certainement pas morts…

Quoi qu’il en soit, le vote sur la limitation des armes à feu n’a pu se tenir ; la lutte devra attendre la fin des vacances parlementaires… Si une nuit porte conseille, espérons que treize suffiront à faire entendre raison à ceux qui continuent à détourner le regard sur les massacres à répétition aux États-Unis liés à ce fameux et « très cher » second amendement.

Camille Saulas

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