International, Le choix de la rédaction, Politique

L’Europe, face à ses contradicteurs, joue un tour important

europeLes prochaines élections européennes se dérouleront du 22 au 25 mai prochain. Désir, d’une autre Europe, plus politique, mieux tournée vers les préoccupations des citoyens européens, ras-le-bol des politiques d’austérités, euroscepticisme … ce sont autant d’enjeux qui entourent l’échéance européenne.

Signe que l’Europe peine à mobiliser, le débat des candidats à la Commission européenne ne sera diffusé que sur La Chaîne Parlementaire, le 15 mai prochain, aucune des chaînes nationales grand public ne souhaitant prendre le risque de voir l’audience d’un tel débat affaiblir leur position. D’un autre côté, la campagne tarde à démarrer en France et ne durera que trois semaines. Autant dire, que ce sera très peu pour les candidats et leurs partis pour sensibiliser les citoyens aux questions européennes. Néanmoins, ce scrutin revêt des intérêts et des sensibilités différentes sur fond d’enjeux importants.

Sur fond de xénophobie, les anti-européens sont sur le pied de guerre

La contestation qui vise l’Europe s’agrandit et prend place sur les récentes orientations prises par les institutions européennes. Les politiques d’austérités qui sévissent dans les Etats de l’Union sont dénoncées par les citoyens, étranglés par les réductions budgétaires, la hausse du chômage et la précarisation de plus en plus importante. Signe de ce désamour grandissant, en France, 49% des sondés trouvent que l’Union Européenne représente « quelque chose négatif » contre 45% qui l’estiment « positive ». Cette étude Viavoice pour Libération montre que, dans le même temps, cette tendance est plus marquée chez les partisans des extrêmes, à gauche comme à droite, et chez les classes populaires.
Le discrédit qui touche l’Europe et ses institutions se matérialise à travers les partis politiques eurosceptiques. Cette désaffection en France, illustrée par le Front National, n’est pas un cas isolé et s’étend aussi aux autre pays européens avec un développement non négligeable des partis « anti ». De l’Alternative en l’Allemagne, en passant par l’UKIP du Royaume Uni, ou la coalition eurosceptique et populiste de Viktor Orbán en Hongrie ou bien encore du parti Aube dorée en Grèce, les menaces antieuropéennes font craindre le pire sur les prochains résultats du prochain scrutin.
L’exemple Hongrois est symptomatique du mal qui touche l’Europe aujourd’hui. Catherine Calvet et Jonathan Bouchet-Petersen dans une interview à Libération expliquent que, dans le cas hongrois, les deux partis nationalistes, le Fidesz-Union civique d’Orbán et le Jubbik jouent sur des thèmes historiques de la grandeur de la nation hongroise. Pour eux, « l’extrême-droite surfe sur ces blessures historiques ». Qualifiant leur mépris et leur rejet à l’égard des musulmans, de « principal carburant commun », ils expliquent que l’antisémitisme est encore très « dominant ».
Cette défiance grandissante envers l’Europe actuelle mêlée à un sentiment nationaliste exécrable, qui inquiète les partis traditionnels, risque de faire trembler la seule institution européenne représentative de ses citoyens.

Des aspirations pour une autre Europe

Malgré tout le désamour qui se profile à l’encontre de l’Union européenne, de ses représentants et de ses institutions, l’idée même d’une rupture totale avec l’Union européenne ne mobilise pas. Si la tendance de la part des français habituellement pour l’Europe se fragilise avec un accroissement de le vision négative que projette l’Union sur ces publics, un autre facteur semble prendre le pas sur un divorce pur et simple. Une part importante des sondés souhaite d’autres aspirations pour l’Union européenne. Dans le même sondage, l’UE devrait intervenir « davantage en matière d’emploi » pour 57% d’entre eux et en faveur de la « croissance économique » pour 53%.
Cette tendance mêle à la fois « eurosceptiques » et des publics plus traditionnellement représentés au gouvernement.
Cette aspiration à une Europe plus proche des préoccupations des citoyens trouvent un écho face à la pression exercée par les instances européennes dans leur quotidien. A travers cette étude d’opinion, on constate que les Français interrogés souhaitent des actions en direction de leurs inquiétudes et qui viennent en contradiction aux mesures contraignantes développée par l’Union depuis quelques années. Ils plébiscitent une Europe plus sociale et préoccupée par les problèmes qui secouent le pays plutôt que le respect pur et simple de la lutte contre les déficits.
Seulement, la France n’est pas la seule confrontée à cette situation et concerne tous les pays en proie aux difficultés et aux mesures d’austérité.
La volonté émanant du peuple ne peut-être portée que par les partis politiques eux-mêmes. Et face à cette campagne éclair qui se déroule actuellement, le maître-mot sera de considérer, aussi, les aspirations des citoyens européens. C’est toute la difficulté des partis, actuellement, qui en plus du manque de conviction dont ils font preuve, devront rassembler au delà des déçus de la construction européenne.
Dans le cas d’un manque de mobilisation des partis de gouvernement face aux demandes des peuples, le risque est de voir la menace eurosceptique et antisystème l’emporter et fragiliser un peu plus la confiance dans les institutions européennes.

De nombreuses raisons poussent à s’inquiéter des déceptions à l’égard de cette Europe inachevée. La construction paneuropéenne est une chance de formuler un avenir politique, économique et social commun, favorable à tous et profitant d’une immense richesse linguistique et culturelle. Ces efforts doivent être constamment reformulés pour atteindre une réalité tant espérée.

Pierre Lelièvre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *