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L’Europe tient Google à l’oeil

Google est aujourd’hui plus qu’un simple moteur de recherche. Faisant partie des Big Four d’Internet avec Facebook, Apple et Amazon, Google jouit d’une hégémonie indéniable mais qui pose aujourd’hui problème, notamment en Europe. Le groupe américain est aujourd’hui dans la ligne de mire de l’Union Européenne pour des questions de monopole, de concurrence, d’éthique et de vie privée.

GoogleUn colosse dans la tourmente

Google serait-il sur le point de se faire surpasser ? Si l’arrivée en 2009 de Bing sur le marché des moteurs de recherche avait déjà porté un coup au géant, c’est surtout le succès phénoménal des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter qui lui porte aujourd’hui préjudice. S’il y a bien eu une tentative d’équivalent avec le réseau Google +, celui-ci n’a pas conquis autant d’utilisateurs qu’espéré. Reprenant les mêmes fonctions que Facebook, le réseau de Google a été critiqué pour son manque de clarté et de simplicité face à ses rivaux.

Mais la concurrence est peut-être le cadet des soucis de la firme Google, qui, à l’heure actuelle, demeure le moteur de recherche le plus utilisé au monde. Il ne faut pas oublier que Google, c’est également un service de courriel avec Gmail, le site YouTube, la plateforme d’application Android et des services de localisation ou de plans tels que Google Maps et Google Earth. La multiplication des services proposés par la société de Larry Page et Sergueï Brin, qui est devenue aujourd’hui bien plus qu’un simple moteur de recherche, pose désormais des questions sécuritaires en matière de gestion des données personnelles. Google est vivement critiqué par les utilisateurs, et de surcroît par les États pour son utilisation dite « ciblée », et pour la vente abusive des données privées des internautes afin d’orienter les suggestions de publicité des plateformes appartenant ou reliées au groupe. N’avez-vous pas remarqué que si vous effectuez une recherche Google sur, par exemple, un hôtel à Istanbul, vous commencerez à rencontrer des offres portant sur des hôtels stambouliotes ainsi que des promotions de billets d’avions sur les espaces publicitaires de YouTube ou encore sur votre boîte mail ? En bref, Google est désormais omniprésent tout au long de votre temps passé sur Internet.

Cette intrusion dans nos données privées fait google 2aujourd’hui l’objet de débats et de controverses. Selon Google, cette collecte d’informations sur les utilisateurs et leur conservation ont pour but d’améliorer sa performance et de nous aider dans nos requêtes, car nos recherches nous définiraient en tant qu’utilisateur d’Internet Une conception de l’internaute qui gêne, tout comme le stockage de nos recherches, pratiqué selon Google à des fins positives, mais plus souvent perçues comme abusives. L’intrusion du géant de la Silicon Valley dans notre vie privée a récemment renouvelée le débat sur la question du respect de celle-ci en l’étendant à la sphère numérique, notamment depuis le scandale Snowden et la signature d’un contrat de coopération entre Google et les services secrets américains de la NSA.

L’Europe prête à faire déchanter Google

L’Europe, le CNIL français (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et ses équivalents européens se tous unis et montés contre le géant d’Internet américain. Le 13 mai dernier, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a débouté l’entreprise Google en vertu du « droit à l’oubli numérique international ». En effet, l’Union européenne prône la mise en place d’une page Internet qui permettrait aux utilisateurs de paramétrer la totalité de la gestion des informations détenues sur eux par Google. Celui-ci a cédé sur ce point, mais n’a toutefois pas prévu de l’appliquer hors de l’Europe comme aux États-Unis.

Dans cette continuité, le G29 européen (le groupe de travail de l’article 29 sur la protection des données) s’est la semaine dernière rassemblé avec tous les CNIL et homologues européens pour voter, avec la grande majorité des eurodéputés, une résolution portant sur « la défense des droits des consommateurs sur le marché numérique ». Mais l’Europe n’en a toujours pas fini avec Google, décidément attaqué sur tous les fronts, puisque la Commission a également lancée une enquête pour abus de position dominante et monopole. Une enquête qui a d’ailleurs eu un écho outre-Atlantique, permettant aux États-Unis, à défaut de se rallier à la position européenne, d’admettre leur propre « préoccupation » sur le sujet. Le conseil d’administration de Google a réagi face à la menace d’une lourde amende européenne en proposant trois tentatives d’accords et de coopération, mais toutes ont été refusées.

Dans le contexte de cette montée en puissance de la défiance envers Google, qui nous est pourtant bien utile au quotidien, la nouvelle Commissaire européenne à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, a lancé un projet à long terme plutôt virulent visant à étudier scrupuleusement le cas de Google, dans son aspect économique mais aussi éthique. La position dominante, y compris sur le vieux continent, du géant américain gêne effectivement les européens qui lui reprochent de systématiquement favoriser ses propres produits ainsi que d’autres produits américains, ce qui, de fait, ne bénéficierait pas à l’économie européenne. La lutte entre l’Europe et Google est donc loin d’être terminée et, comme l’a rappelé un eurodéputé lors du G29, le slogan de Google, « Don’t be evil », a encore du chemin à faire.

Juliette Vagile

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