Société

Lycée français Pierre Loti d’Istanbul, portrait d’un établissement de l’AEFE

C’est sur le site de Tarabya, ombragé par les arbres du parc de l’ancienne résidence d’été de l’ambassadeur de France, que nous avons rencontré Dominique Cornil et Xavier Bocquel, respectivement proviseur et proviseur adjoint du lycée français Pierre Loti. En poste depuis la rentrée 2013, Mme Cornil nous accueille dans son bureau. Son adjoint en est déjà à sa quatrième rentrée. Ici, point de stress ou de débordement post-rentrée, Madame la proviseur et son adjoint nous accueillent en toute sérénité, et c’est bien ce qui ressort de ce lycée qui reçoit chaque année les enfants d’expatriés venus de France, mais aussi d’ailleurs.

Pierre Loti

Pierre Loti

Le lycée Pierre Loti date de 1942, il est donc bien plus jeune que les lycées francophones d’Istanbul, comme Galatasaray, dont l’origine remonte à 1481, ou encore Notre-Dame de Sion (1856). Ceci dit, la comparaison n’a pas lieu d’être comme nous le rappelle Mme Cornil: « Nous sommes un lycée français, tandis que ce sont des établissements francophones qui ne sont absolument pas régis par l’Etat français ». Le lycée Pierre Loti est conventionné par l’Agence française pour l’enseignement à l’étranger (AEFE), rattachée au Ministère des Affaires étrangères. Les professeurs et l’équipe de direction sont détachés auprèsde ce ministère pendant leur affectation à l’étranger, bien qu’ils soient originellement sous tutelle du ministère de l’éducation nationale. « L’intérêt de tous les lycées de l’AEFE, c’est l’application stricte des programmes français tels qu’ils sont régis par le ministère de l’éducation nationale » nous précise Dominique Cornil. Rien de différent donc, sur le plan de l’éducation, entre le lycée Pierre Loty d’Istanbul et n’importe quel autre lycée en France. « Pour les examens, le lycée est rattaché à une académie de tutelle, l’académie de Grenoble en l’occurrence, c’est dont le recteur de cette académie qui valide la liste des examinateurs pour le baccalauréat. » ajoute Xavier Bocquel.

Les effectifs du lycée Pierre Loti n’ont pas arrêté de gonfler depuis les années 1950, surtout à partir des années 1980. Son nom actuel date de 1989 pour rendre hommage à l’écrivain qui contribua à faire connaitre Istanbul et l’Empire Ottoman en France au début du siècle dernier. Depuis cette année là, le prestige du lycée n’a fait que croitre, tout comme son rayonnement et son attraction sur le sol turc. « Le lycée est passé de 800-900 élèves à 1365-1370 élèves et ce sera le maximum » précise Dominique Cornil. La capacité des locaux ne permet pas au lycée d’accueillir plus d’élèves. La dernière extension date de 2003 avec le site de Tarabya, accueillant lycées et collégiens, ainsi que quelques classes primaires. Cette extension a déjà rendu l’organisation plus difficile, puisque l’équipe directionnelle doit jongler entre ce nouvel emplacement et le site historique de Beyoğlu. Face à cette attraction croissante, le lycée fonctionne comme tous les 493 établissements français à l’étranger, il donne la priorité aux enfants d’expatriés français afin de leur offrir une éducation totalement française. Dans une optique de rayonnement et d’ouverture, il accueille également des étrangers tiers (tunisiens, algériens, canadiens, suisses ou encore belges), souvent issus du réseau AEFE et habitués des déplacements professionnels de leurs parents. Une donnée qui rend le lycée bien plus international, les cours de turcs étant obligatoires de la petite section à la cinquième, et le niveau de langue y étant bien supérieur que dans n’importe quel lycée français, de quoi troubler légèrement les quelques français arrivés là sans avoir multiplié les pays auparavant.

pierre-lotiQuand on aborde la question de l’orientation des élèves, l’objectif est clair pour l’équipe directionnel de Pierre Loti, et Mr Bocquel nous l’explique bien : « Depuis quelques années, le lycée essaie d’informer beaucoup plus précisément les familles sur les possibilités d’études en France. Il s’agit de la priorité de l’AEFE: valoriser l’enseignement supérieur français. ». Auparavant attirés par les pays anglophones, les élèves de Pierre Loti se laissent de plus en plus séduire par un retour au bercail. Rares sont ceux qui font le choix de rester en Turquie. La création d’un poste d’information à l’orientation pour aiguiller familles et élèves dans leur choix d’enseignement supérieur a aidé à l’inversion des tendances. Ceci dit, ce sont les données économiques qui jouent le premier rôle dans ce changement. La dévaluation de la livre turque peut avoir une influence, mais c’est surtout le prix exorbitant des universités anglo-saxonnes qui représente une véritable barrière. Les échos d’anciens ont aussi aidé à atteindre le chiffre de 74 % d’élèves partis étudier en France en 2014, un record pour le lycée qui ne profite pas qu’à la ville de Paris, mais aussi à la Province, avec des villes comme Lille, Lyon ou Strasbourg, très prisées par les lycéens stambouliotes. Ce départ est également facilité par la tenue des concours post-bac (Sciences Po, écoles de commerce ou d’ingénieurs, etc.) dans l’enceinte du lycée.

Peu d’inquiétude donc, pour les étudiants du lycée Pierre Loti, seul lycée français de Turquie avec le lycée Charles de Gaulle d’Ankara, qui regardent la France de loin, peu concernés par la réforme des rythmes scolaires, déjà mise en place dans l’établissement pour tenir compte des problématiques d’une mégapole, et se souciant plus de leur environnement au charme si particulier que des événements qui se déroulent en France.

Benjamin Delille

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