International, Politique

Moscou et Ankara prêts à collaborer sur le dossier syrien

La rencontre entre le Président Erdoğan et Vladimir Poutine ne cesse d’avoir des conséquences pratiques sur la coopération entre les deux États dans de nombreux domaines, et même sur des dossiers qui les ont longtemps opposés ; à savoir le dossier syrien sur lequel Ankara et Moscou semblent aujourd’hui prêts à discuter et même à travailler ensemble pour éradiquer Daech et trouver une solution politique au conflit syrien.F-16_June_2008

Alors que les deux chefs d’État russe et turc se sont rencontrés mardi à Saint-Pétersbourg dans le cadre du rétablissement des relations bilatérales entre les deux pays qui ont traversé sept mois d’extrêmes tensions, Recep Tayyip Erdoğan et Vladimir Poutine avaient évoqué de nombreux dossiers économiques et énergétiques, mais avaient aussi évoqué le dossier syrien sur lequel leurs avis sont divergeant notamment quant au rôle de Bachar al-Assad.

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Néanmoins, lors de la conférence de presse qui s’en était suivi, les deux présidents avaient alors stipulé que le conflit syrien et la coopération bilatérale sur ce sujet seraient traités lors d’une seconde réunion le 11 août entre Moscou et Ankara afin de mettre sur pied un nouveau mécanisme entre les deux pays.

Mise en place d’un comité turco-russe

Aux journalistes, le Président turc avait expliqué : « Nous avons convenu à ce qu’allait être mis sur pied un comité tripartite (en Russie) composé d’un représentant des services de renseignements, de l’armée ainsi que des affaires étrangères, et qu’en réponse à ce comité tripartite, la Russie nommera leurs homologues pour conduire un travail intense ».

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Le lendemain, le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavuşoğlu, avait confirmé à l’agence Anadolu cette information quant à la mise en place du comité. Celui-ci avait alors salué cette initiative importante pour le rapprochement de la Russie et de la Turquie : « (c’est) le premier pas concret (entre la Turquie et la Russie): Précédemment, il y avait des mécanismes différents entre nous sur la Syrie, entre les armées, les ministères des Affaires étrangères et les services secrets. Maintenant, nous établirons un triple mécanisme »

C’est désormais chose faite, la première réunion de ce nouveau comité s’est tenue comme annoncée par le Président turc jeudi 11 août. Le nouveau mécanisme est donc aujourd’hui sur pied avec l’arrivée en Russie d’une délégation de trois représentants turcs. À l’ordre du jour : la résolution du conflit syrien et la lutte contre Daech : « nous allons discuter de tous les détails. Nous avons toujours appelé la Russie à des opérations anti-Daech », a stipulé Mevlüt Çavuşoğlu avant d’ajouter : « Combattons ensemble le groupe terroriste de manière à l’éliminer dès que possible ».

Une ligne de communication directe

Mais ce comité n’est pas le seul moyen mis en place par les deux pays pour coopérer sur ce dossier d’une importance fondamentale.

En effet, les chefs d’état-major turc et russe se sont entendus pour mettre sur pied une ligne de communication directe entre eux afin de discuter de pouvoir évoquer l’évolution de la situation en Syrie en tout temps, mais aussi traiter des dossiers régionaux et pour que l’incident de novembre dernier durant lequel l’aviation turque avait abattu un avion militaire russe ne se reproduise pas comme l’a expliqué le 10 août le porte-parole présidentiel turc, İbrahim Kalın : « Nous avons décidé d’être dans le contact direct pour éviter de tels incidents. Dans ce cadre, notre Chef d’état-major et son homologue russe ont rétabli une ligne (de communication) directe » qui devrait être rapidement voir le jour.

Des divergences persistantes

Malgré les progrès récents et la volonté des deux pays qu’un cessé le feu durable puisse être établi, la Turquie ne se cache pas d’entretenir encore des divergences de vues sur la situation en Syrie avec Moscou. Le ministre des affaires étrangères turc a en effet expliqué le 10 août que : « Il peut y avoir d’autres approches quant à la façon d’atteindre un cessez-le-feu. Nous rejetons particulièrement les attaques contre des civils. Nous n’approuvons pas non plus les attaques contre les groupes d’opposition modérés, mais désirons que soient frappées les organisations terroristes. Nous n’approuvons pas non plus le siège d’Alep » mené par les forces loyalistes soutenues par la Russie et durant lequel les hôpitaux sont quotidiennement bombardés tandis que les couloirs humanitaires sont loin de fonctionner…

D’ailleurs Mevlüt Çavuşoğlu n’a pas hésité à appuyer sur le fait que la Turquie avait « averti la Russie » en ce qui concerne les bombardements de zones où se trouvent des civils et l’opposition modérée stipulant qu’il fallait faire la différence entre les groupes modérés et terroristes.

Reste à savoir si la Russie entendra le message des autorités turques et si les mécanismes de coopération aboutiront à du concret pour faire avancer dans le bon sens le dossier syrien.

Camille Saulas. 

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