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Municipales 2014 : Un camouflet pour Hollande. Le FN et l’abstention en hausse

Elections-municipales-2014-a-ParisHier, dimanche 23 mars s’est tenu le premier tour des élections municipales en France. Ce premier scrutin électoral depuis l’élection de François Hollande en 2012 coïncidait avec de nombreux enjeux tant pour la majorité socialiste que pour les partis d’opposition. État des lieux.

Dans plus de 36 000 communes, c’est 45 millions d’électeurs français et de l’Union européenne qui ont été appelé à se manifester dans les urnes. Objectif du scrutin : le choix d’une liste qui devra diriger leur municipalité pour les six prochaines années.
Les résultats laissent paraître quelques surprises et non des moindres.

Une poussée inédite pour le FN
Longtemps diabolisé de toute part, le parti de Marine Le Pen serait-il en passe de réussir son pari ? À en croire les résultats d’hier, le Front National réalise une percée inattendue dans de nombreuses villes.
À l’échelle nationale, il est difficile d’analyser les résultats du Front National avec ceux de ses concurrents. Sa présence dans 597 communes empêche de tirer une tendance nationale, qui serait mécaniquement biaisée. Les interprétations que l’on pourrait établir sur un plan général masqueraient des différences fondamentales d’implantations et de représentations politiques.
Si avant le scrutin, le parti d’extrême-droite avait déposé 597 listes, un record, on observe qu’au niveau local le FN s’est imposé bien plus que ne le laissaient penser les observateurs. Vainqueur au premier tour à Hénin-Beaumont, son fief, le Front National est arrivé en tête dans les villes où le parti avait pour objectif de s’implanter. Ainsi, Béziers, Saint-Gilles, Forbach, Perpignan et Fréjus ont plébiscité le rassemblement Bleu Marine, scores auxquels il faut rajouter des cas de triangulaire dans une centaine d’autres villes où le PS et l’UMP devront faire le jeu avec le Front National.
Marine Le Pen dimanche soir sur TF1 se gargarisait des résultats de son parti. Annonçant « la fin de la bipolarisation de la vie politique », cette déclaration reste tout de même à nuancer sur le plan national, de par le caractère local du scrutin. Non seulement le Front National obtient des résultats historiques dans de nombreuses villes, mais il se pose en arbitre pour le second tour dès le weekend prochain.

Marine Le Pen savoure la perçée du FN, dimanche soir (Crédit RTL)

Marine Le Pen savoure la perçée du FN, dimanche soir (Crédit RTL)

Un vote sanction pour le gouvernement ?
C’était un test pour François Hollande et son gouvernement. Ce premier tour des élections a été un âpre retour de bâton pour la majorité de gauche. Face à une grogne de son électorat et devant un manque de clarté politique, de courage et d’affirmation d’une ligne politique, ce scrutin test a montré les limites de la gauche au pouvoir depuis deux ans. Dans les communes de plus de 3 500 habitants, la gauche obtient environ 43% des suffrages sur le plan national, elle est devancée de 5 points par la droite.
Si il y a de grandes chances que le PS garde Paris et Lyon, la peine socialiste se traduit dans les villes où elle en attendait beaucoup plus, à savoir les villes moyennes. Devancée par des listes UMP ou UDI à Niort, Toulouse, Saint-Etienne, Angers, Limoges, Quimper, Amiens, le maigre espoir pour la majorité serait de concrétiser des alliances dans la semaine qui sépare les deux scrutins. Ce revers est aussi illustré par la déroute de Patrick Mennucci à Marseille, devancé par le candidat Gaudin pour l’UMP, et Ravier pour le FN.
Le parti d’opposition de son côté enregistre un score stable par rapport aux dernières élections municipales de 2008 (48% en 2014 contre 47,94% en 2008). Il est à noter que les différentes secousses que l’UMP a vécues ces dernières semaines ne sont pas venues troubler les résultats de la droite. Du côté des candidats eux-mêmes, le grand favori Juppé est réélu à Bordeaux dès le premier tour, tout comme Copé à Meaux, Jacob ou Wauquiez, les ténors de l’UMP.
L’interrogation principale pour le second tour sera le rôle d’arbitre du FN entre candidats de gauche et de droite. Dans la soirée de dimanche, le PS a appelé à faire barrage au Front National en demandant à la droite de se prononcer pour un front républicain. Fin de non-recevoir pour Copé et les dirigeants de l’UMP qui ont annoncé qu’ils n’appelleraient pas à voter pour la gauche en cas d’opposition avec le parti de Marine Le Pen.

L’abstention, un mal conjoncturel ?
Et si les Français en avaient tout simplement ras-le-bol de ces scrutins où quelques clans de politiques s’écharpent ? Avec 38,5% d’abstentionnistes au premier tour des élections municipales, soit cinq points de plus qu’il y a six ans, le taux d’abstention augmente encore et encore. C’est presque 16 millions d’électeurs qui ne se sont pas déplacés pour ce scrutin alors qu’en règle générale, les Municipales tout comme les Présidentielles mobilisent le plus.
Un des éléments marquants de cette abstention est son faible taux dans les villes où le Front National serait plébiscité comme à Avignon ou Perpignan.
Mais au delà de ce constat, deux grandes raisons peuvent expliquer ce chiffre record. Tout d’abord, l’idée d’un vote sanction vis-à-vis de la politique de François Hollande, qui sonnerait comme un rejet de sa politique.
Dans une autre mesure, une défiance grandissante face au système politique français pourrait également expliquer cette situation.

La mobilisation pour le second tour de ces élections municipales, le week-end prochain, montrera si les enjeux locaux correspondent toujours à une préoccupation des Français ou si le divorce entre les Français et les débats de « techniciens » lors de la campagne est consommé.

Pierre Lelièvre

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