International

Obama/Netanyahou : discordances et tensions sur fond de nucléaire iranien

netanyahu_2La diplomatie iranienne et le groupe 5+1 » (les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU + l’Allemagne), menés respectivement par Mohammad Javad Zarif et John Kerry, sont en ce moment en Suisse pour discuter du programme nucléaire iranien. Les négociations ont en vue d’aboutir à un accord garantissant la nature pacifique et uniquement civile du programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions internationales. L’échéance des pourparlers étant fixée au 31 mars, c’est dans l’urgence que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, c’est rendu mardi devant le Congrès américain pour y dénoncer un accord selon lui inacceptable et remettant en cause la sécurité d’Israël et du monde.

Malgré le refus de Barack Obama de rencontrer Benjamin Netanyahou (avec lequel sa relation est notoirement tendue) au sujet de ces négociations, ce dernier a donné un discours historique à Washington, suite à l’invitation du leader républicain John Boehner, comme un défi lancé au président américain. En effet, en s’exprimant pour la troisième fois devant les parlementaires des Etats-Unis réunis en congrès, Benjamin Netanyahou devient avec Winston Churchill le seul dirigeant étranger à avoir eu un tel privilège.  netanyahou

A cette occasion, il s’est proclamé « envoyé du peuple juif » et a dénoncé l’accord en cours de négociations. Son argumentaire avait pour but principal de persuader le Congrès américain qu’un accord sur le nucléaire iranien n’empêcherait pas Téhéran d’obtenir la bombe atomique. « Un accord avec l’Iran ne l’empêchera pas de produire des bombes atomiques. Il est même presque certain qu’il produirait ces armes nucléaires, beaucoup d’entre elles », a-t-il déclaré. Plus encore, selon le Premier ministre israélien, cet accord « n’entrave pas le chemin qui mène l’Iran à la bombe » mais au contraire « ouvre cette voie qui conduit l’Iran à la bombe ». Des accusations que l’Iran a toujours réfutées, dénonçant les « mensonges continus de Netanyahu, devenus répétitifs et ennuyeux ». Toutefois, nombreux sont ceux qui partagent l’inquiétude qui anime Benjamin Netanyahou à l’idée de voir une puissance régionale concurrente, hostile à l’Etat juif, devenir une puissance nucléaire.

Aussi son discours a-t-il reçu une « standing-ovation » de la part des Républicains, manifestement acquis à sa cause, tandis que, sauf exceptions, les Démocrates étaient nettement moins enthousiastes, une cinquantaine d’entre eux ayant été jusqu’à boycotter ce discours perçu comme « inapproprié ».

En ce sens, le parlementaire John Yarmuth a exprimé sa consternation face à l’attitude de Benjamin Netanyahou en déclarant ironiquement que « maintenant le Premier ministre peut retourner chez lui faire campagne et dire qu’il a fait la leçon au Congrès et aux Américains sur des choses qu’apparemment nous ignorions », avant d’ajouter qu’il « cherchait à semer la peur ». De même, la démocrate Nancy Pelosi, a perçu ce discours comme une « insulte faite à l’intelligence des Etats-Unis ».

Enfin, Barack Obama lui-même a décrié un discours sans fond et sans propositions nouvelles, ajoutant que pour le moment rien est conclu mais que si les négociations aboutissent en ce sens « ce sera le meilleur accord possible avec l’Iran pour empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire ».

Toutefois, par cette intervention, le Premier ministre Israélien espère que le Congrès, majoritairement républicain, prendra son parti par la voie d’une loi contre Barack Obama et Téhéran, ce qui aurait certainement pour conséquences de mettre fin aux négociations. Et à ce propos, le chef de la majorité républicaine a déclaré que le Sénat devrait débattre prochainement sur le fait de contraindre Barack Obama à soumettre tout accord portant sur le nucléaire iranien au Congrès.

En tout état de cause, cette visite impromptue du dirigeant israélien aux Etats-Unis, jugée inconvenante et condescendante par certains, n’aura pas manqué de dégrader le lien diplomatique entre les deux pays, et cela même si M. Netanyahou a remercié le président Obama pour son « soutien » à Israël et évoqué leur alliance « indestructible ».

Thomas Nicod

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *