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Organisation de coopération économique de la mer Noire : investiture du mandat roumain

Les douze États membres de l’Organisation de coopération économique de la mer Noire [OCEM] se sont réunis ce lundi à l’occasion du changement de présidence de l’organisation, désormais assurée par la Roumanie. Son représentant, George Ciamba, secrétaire d’Etat au ministère roumain des Affaires étrangères, a ainsi dévoilé les grands axes thématiques de cette présidence de six mois.

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Le secrétaire général de l’OCEM Michel. B Cristides salue George Ciamba, représentant de la Roumanie.

Le 25 juin dernier, l’organisation célébrait déjà ses 23 ans. Créée en 1992, cette union économique des pays de la mer Noire réunissait originellement dix membres fondateurs – elle en compte aujourd’hui douze, parmi lesquels la Russie, l’Arménie, la Turquie, la Grèce, la Moldavie, la Roumanie, l’Ukraine ou encore la Bulgarie. Véritable union inspirée du modèle européen, elle est dotée d’un système interparlementaire réunissant 76 représentants des parlements nationaux des pays membres, d’un fond monétaire au capital déclaré de 1,325 milliards de dollars, ainsi que d’un conseil d’affaires composé d’experts dont le rôle est de définir de nouvelles zones d’investissement. Réunissant un ensemble de pays dont le PIB affiche une croissance positive (à l’exception de la Grèce), le poids de cette organisation sur la scène internationale est conséquent, les agences de notations Moody’s et Standard and Poors considérant la banque de l’OCEM comme stable avec les notes respectives de A et A3.

Les objectifs de la présidence roumaine

La présidence de l’OCEM, tout comme celle de l’UE, est une présidence tournante d’une durée de six mois. Les principales aires d’intervention du mandat roumain s’étaleront donc entre juillet et décembre prochain. Suivant le modus operandi affiché par la charte qui unit ces pays depuis plus de vingt ans : « Assurer la paix, la stabilité et la prospérité dans la région de la mer noire ». Le secrétaire d’Etat roumain aux Affaires étrangères, George Cambia, a donc énuméré lesdits objectifs comme suit.

Selon lui, la promotion d’un dialogue constructif et durable entre les pays de l’OCEM devrait être le pivot du mandat roumain. Il s’agit en effet d’un pré-requis indispensable afin de garantir la stabilité d’une région aussi complexe que l’est celle du bassin de la mer Noire et ses environs. En témoigne la situation de la Crimée, région habituellement hautement touristique pour laquelle tous les projets d’investissement de l’OCEM ont été gelés suite à l’occupation russe de ce territoire ukrainien. Interrogé à ce sujet, le tout nouveau représentant de la présidence de l’OCEM, George Cambia, a souhaité écarter le problème, déclarant qu’à l’OCEM les membres avaient toujours la politesse de « laisser leurs différends à la porte de l’organisation avant de la franchir. »

Rien n’est moins sûr pourtant. À la sortie d’une conférence de presse pour le moins brève, le consul général d’Ukraine à Istanbul, Vasyl Bodnar, représentant son pays au sein de l’Union des pays de la mer Noire, n’hésite pas à nous confier que l’occupation russe de la Crimée [depuis février 2014] a eu une influence négative sur la conduite des projets de l’OCEM :

« Avec une telle occupation militaire, illégale, il est clair que beaucoup de projets de développement de la péninsule criméenne sont absolument hors de question à l’heure actuelle. Il n’est donc pas tout-à-fait correct de dire que les différends entre les pays membres n’ont aucune incidence sur l’agenda. »

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Conférence de presse du représentant de la Roumanie à la présidence de l’OCEM.

Le développement des infrastructures, pivot de la stratégie de l’OCEM

Au-delà des éventuelles tensions politiques entre les pays membres, le maintien et l’approfondissement du dialogue entre ces derniers est avant tout nécessaire à l’exécution d’un agenda économique correspondant à une véritable stratégie basée sur l’amélioration des réseaux de transports et leur connexion. En ce sens, un fort accent sera mis sur le financement des infrastructures de la région où, à terme, une collaboration pourrait être envisagée avec l’Europe.

La lutte contre le crime organisé et l’évasion fiscale, ainsi que les problématiques énergétiques et environnementales, participeront également d’un effort commun de l’OCEM tout au long de ce mandat roumain. Mais, il est néanmoins clair que l’accent de ce partenariat des pays membres est fortement appuyé sur la finance et l’investissement, au détriment d’idées politiques fondamentales pourtant présentes dans la charte signée par les membres fondateurs de l’OCEM le 25 juin 1992.

Selon le texte, l’une des missions principales de cette organisation était d’initier une collaboration certes économique, mais également inspirée des « valeurs de la démocratie et de du respect des droits de l’homme ». Or, plus de la moitié des pays membres de l’OCEM ont connu des vagues de répressions d’une violence inédite au cours de ces dernières années.

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Ce fut le cas de la Roumanie et de la Bulgarie en 2012 et 2014, mais aussi de la Turquie lors des événements de Gezi en 2013, où la violence des forces gouvernementales avait engendré plus de 8.000 blessés et près de 6 morts. De même pour l’Ukraine, où la répression barbare des manifestants, place Maïdan à Kiev, avait provoqué la mort de plus de 120 Ukrainiens lors d’un assaut à balles réelles des forces spéciales en février 2014. L’Azerbaïdjan, également membre de l’OCEM, est quant à elle considérée comme l’un des régimes les plus autoritaires au monde, son indice de démocratie figurant dans les vingt derniers sur une liste de 167 pays élaborée par le groupe d’études The Economist.

Plus récemment, c’était en Arménie que la violence policière se déchaînait contre les milliers de manifestants venus protester face au palais présidentiel contre la hausse de 16% du prix de l’électricité annoncée le 19 juin dernier.

Quant à la réputation de la Russie ; est-elle encore à faire ?

Pour Vasyl Bodnar, consul général d’Ukraine à Istanbul, ces phénomènes de répressions sont criants de la nécessité pour l’OCEM de travailler à une ligne plus proche des valeurs des Nations unies en termes démocratiques, et de l’Union européenne en termes de lutte anti-corruption. Il espère ainsi assister au développement d’un profond changement institutionnel au sein de l’OCEM au cours des années à venir, pour plus de transparence et de démocratie.

 

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