Culture, Dossiers

Pêcheurs d’éponges de Yaşar Kemal – Des reportages décrivant l’Istanbul des années 50

Couv_Kemal[Cet article fait partie du premier Supplément Livres d’Aujourd’hui la Turquie, paru dans Aujourd’hui la Turquie du mois d’avril]

En lisant Pêcheurs d’éponges qui comprend huit grands reportages réalisés au cours des années 1950, on se retrouve immergé dans la Turquie rurale et urbaine de l’époque. On plonge ainsi dans le quotidien des pêcheurs d’éponges, ces hommes qui, après avoir enfilé un scaphandre, se retrouvent au fond de la mer où ils peuvent rester toute une journée, parfois au péril de leur vie. En 1951, Yaşar Kemal s’immisce dans un tout autre univers, celui des contrebandiers. Pendant près de vingt-cinq jours, il se fait passer pour Hasan, un contrebandier confirmé ayant fait de la prison. Il partage alors avec d’autres contrebandiers leurs peurs, douleurs, joies, bons et mauvais moments… On retient son souffle lorsqu’il nous raconte comment, à dos d’un cheval chargé de marchandises, il échappe aux balles de soldats syriens qui surveillent la frontière. Dans son reportage intitulé « Cinquante jours dans les forêts en feu », il raconte les menaces qui pèsent sur les forêts de Turquie. Dès 1954, il évoque un défrichement aux proportions catastrophiques et l’importance d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Alors qu’aujourd’hui, Istanbul détruit à petit feu la forêt située au nord de la ville, ce reportage de Yaşar Kemal résonne comme un écho.

Ces huit reportages mêlant thèmes sociaux, poésie et imaginaire permettent au lecteur de se plonger dans la Turquie des années 1950 en pleine transition et en voie de modernisation. Allant à la rencontre de pêcheurs, paysans, contrebandiers… Yaşar Kemal nous fait découvrir leurs drames et leurs joies. Une belle leçon de journalisme de la part de celui qui considère que « l’individu ne peut atteindre la vérité que s’il la vit ».

Après avoir lu Pêcheurs d’éponges, on souhaite que les journaux se réapproprient le grand reportage qui selon l’auteur « révèle la réalité de la vie derrière l’écume des événements ».

Yaşar Kemal, Pêcheurs d’éponges, Traduction : Jean Descat. Editions Bleu autour, 2011.

Claire Corrion

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