International, Sport

Platini à la FIFA ou la non-révolution

Il a promis un changement, une révolution au sein de la FIFA. « On ne peut plus continuer comme ça », commentait-il au sujet du système instauré au sein de l’organisation par Sepp Blatter. Patron de l’UEFA depuis 2007, « Platoche » brigue désormais la présidence de la Fifa, annonçant pour ce faire sa candidature aux élections du 26 février 2016. Si la presse française n’a d’yeux que pour l’ancien numéro 10 de l’équipe de France de football, les réelles chances que celui-ci accède au poste et réforme réellement l’organisation, qui a pour but originel d’« améliorer constamment le football et le diffuser dans le monde », semblent faibles.

platoche

Le supposé maintien d’un système douteux

L’actuel président de l’UEFA est assez sensiblement lié avec des nombreux journalistes français depuis l’époque du Variétés club de France – un club composé de personnalités issues du monde des médias ainsi que d’ex footballeurs célèbres – d’où le silence assez remarquable de la majorité des médias français à l’égard des différentes « casseroles » de Platini.

Cependant, le vainqueur de l’Euro 1984 a promis de réformer la FIFA, vantant son bilan à l’UEFA : mise en place du fair play financier, renouvellement du Championnat d’Europe (se déroulant à partir de 2020 dans plusieurs pays au lieu d’un seul), et surtout ouverture de la Ligue des Champions aux plus petits pays.

En ce dernier point Platini tombe dans la critique principale qui lui est faite : continuer dans la lignée du système Blatter. Reposant sur une organisation où grands et petits pays ont le même poids, ce dernier encourage à favoriser des projets dans les petits pays en échange de leur soutien. Le système Blatter, largement décrié ces derniers temps après la vague d’arrestation menée par le FBI, est responsable de la démission dudit Sepp Blatter. Devenu synonyme de corruption généralisée, il cristallise la principale peur de quiconque s’intéresse au football. Concernant le fonctionnement douteux de l’organisation, nous écrivions le 28 juillet dernier sur le rôle possible de certaines banques (lien), suspectées par la justice américaine d’avoir fermé les yeux sur plusieurs transactions financières illégales entre les comptes des dirigeants.

Platini, entre cocorico et casseroles

platoche blatter

Par ailleurs, les révélations sur de relations particulièrement étroites entre l’actuel président de l’UEFA et des membres influents du Qatar (et d’autres pétromonarchies) sont souvent étouffées dans l’Hexagone. Préférant un cocorico à une remise en cause du leader français, les journaux sportifs oublient certains faits, tout le contraire des Anglo-saxons qui n’hésitent pas à évoquer les sujets qui fâchent. Le 2 juin 2014 déjà, le Daily Telegraph écrivait au sujet des zones d’ombres de l’affaire de l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, et aussi de l’éventuelle place de Laurent Platini, fils de l’ancien numéro 10. Ce dernier dirige depuis 2012 une filiale de Qatar Sports Investments, le propriétaire du PSG. Ceux-là même qui voulaient organiser la Coupe du Monde chez eux…

Et ce n’est pas le seul sujet trouble à propos de cette attribution de la Coupe du Monde au Qatar : le Qatargate comme surnommée par certains. En 2013, le magasine France Football déclarait dans une enquête que « Platoche était encore plus favorable à une candidature qatarie que Blatter lui-même. Le magazine, seul parmi les médias français à oser tacler franchement l’ex meneur de jeu, décrit ainsi une réunion secrète qui aurait eu lieu en novembre 2010. Nicolas Sarkozy, alors président de la République et grand ami du Qatar, accueille ce jour là le prince de cet Etat du golfe Persique, Tamin Bin Hamad al-Thani, le président de l’UEFA, Michel Platini, ainsi qu’un actionnaire du PSG de l’époque, Sébastien Bazin. Ce dernier déclarait dans les colonnes du journal sportif : « Il a tour à tour été question du rachat du Paris Saint-Germain par les Qataris, d’une montée en puissance de leur actionnariat au sein du groupe Lagardère, de la création d’une chaîne pour concurrencer Canal +, le tout en échange d’une promesse : que Platini ne donne pas sa voix aux Etats-Unis, comme il l’avait envisagé, mais au Qatar [pour l’obtention du Mondial 2022]. »

Une affirmation directement démentie par Michel Platini déclarant avoir « voté en toute indépendance pour une région qui n’avait jamais eu la Coupe du monde, pas parce que Sarkozy me l’a demandé ». En bref, si la rupture entre Blatter et Platini est consommée, c’est plus une question de personne et de jeu politique, que de vision de l’organisation de la FIFA

Quelles sont ses chances ?

Michel a donc rompu avec Sepp, tout ça sous le feu des projecteurs. Et ça, Sepp ne l’a pas vraiment apprécié. C’était en juin dernier lorsque ce dernier était en pleine tourmente médiatique. D’après les proches de Platini, l’ex président de la FIFA laisserait traîner sa démission juste pour savonner la planche du Français. Si Platini sera vraisemblablement l’un des favoris de l’élection, il connaît déjà l’identité de son premier ennemi.

Premier ennemi, mais pas dernier puisque le Sud-Coréen Chung Mong-joon, ancien vice-président de la FIFA a déclaré s’opposer aussi à la candidature du Français. Le milliardaire sud-coréen, héritier de l’empire industriel Hyundaï, considère Platini comme «  un produit de l’actuel système FIFA ».

Par ailleurs, le candidat qui s’était opposé à Blatter lors des dernières élections, le prince jordanien Ali Bin Al Hussein, soutenu à ce moment là par Michel Platini s’oppose lui aussi, à son tour, à la candidature du Français. Par un communiqué, celui-ci l’attaque vigoureusement : « Platini n’est pas bon pour la FIFA. Les fans de foot et les joueurs méritent mieux. La FIFA est empê­trée dans le scan­dale. Elle a besoin d’une gouver­nance indé­pen­dante, lavée des pratiques du passé. La culture des arran­ge­ments en sous-main doit prendre fin. »

En France aussi, l’ancien héros des Bleus souffre de certaines rivalités et subit quelques critiques. En tête, la « génération 98 », très méfiante vis-à-vis de leur ainé déjà depuis plusieurs années. Après le fameux échange entre Didier Deschamps et Platini après la victoire en finale de la Coupe du Monde en France, durant lequel l’actuel sélectionneur français avait répondu au président de l’UEFA qu’il avait été meilleur pour organiser la Coupe que pour la gagner, Christophe Dugarry n’a pas hésité à le descendre récemment sur RMC. Malgré tout, le « Platoche » national reste le grand favori à la présidence.

Quelques heures après les propos de M. Chung, la Confédération asiatique (AFC) a confirmé son soutien officiel à M. Platini, désavouant de facto le Sud-Coréen. Michel Platini dispose ainsi du soutien de trois des six Confédérations (Europe, Asie, et Amérique du Sud), tandis que la position de la Concacaf (Amérique du Nord et Caraïbes) resterait toujours à déterminer.

Souvent reproché d’être européocentré, Platini pourrait se froisser avec les autres continents. Mais sa popularité en Europe est sans conteste. « Everybody loves Michel. » Au sein de l’UEFA, Platini est très apprécié. De plus, les opinions publiques sont souvent acquises à la cause de ce bon communiquant qui bénéficie de sa très bonne image tant d’ex footballeur vedette que de cadre du football mondial.

Par ailleurs, il peut entre autres compter sur ses relations avec le faiseur de roi koweïtien Ahmad Al-Fahad Al-Sabah. Très connu pour ses pratiques douteuses, l’influent cheikh avait déjà été épinglé pour sa participation au trucage de certains matchs lorsqu’il dirigeait la Confédération asiatique de handball : bizarrement le Koweït avait gagné successivement quatre championnats asiatiques, et depuis plus aucun. Le neveu de l’émir du Koweït, par la mise en place d’un réseau soudé et acquis grâce à des grands crus ou des voyages offerts gracieusement, pèserait sur presque 20% des voix. L’actuel président de l’UEFA serait également très proche de plusieurs autres personnalités influentes des pétromonarchies qui lui assureraient un soutien de fond très important.

Les liens très étroits (et très suspects) de Platini avec des dirigeants éminents des Emirats arabes unis l’aideraient donc à accéder au poste suprême… Et à maintenir un système antagoniste à volonté d’« améliorer constamment le football et le diffuser dans le monde ».

Adrien Cluzet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *