Politique

Portrait de Selina Doğan Özuzun, tête de liste du CHP à Istanbul

Selina Doğan Özuzun, avocat appartenant à la communauté arménienne de Turquie, est candidate aux élections législatives sous la bannière du CHP (le Parti républicain du peuple, social-démocrate et laïc). Rencontre avec une candidate désireuse de donner à ce parti « un nouveau souffle », et qui s’intéresse de près à la question du droit des femmes en Turquie.

selina ozuzun dogan

Selina Doğan, parlez-nous de vous, de votre parcours.

J’ai effectué mes études dans une école arménienne d’Istanbul, où je suis née, et je les ai poursuivi dans un lycée français. Ensuite, je me suis tournée vers des études de droit et je me suis spécialisée sur la question des droits de l’homme. J’ai participé à des séminaires au sein du Conseil de l’Europe au sujet d’organisations non gouvernementales. J’ai toujours été très active sur les questions sociales et culturelles. Je me suis portée volontaire pour créer des projets au sein de la communauté arménienne. Depuis quatorze ans, je travaille comme avocat spécialisée dans le domaine de l’entreprise, et ce depuis quatorze ans maintenant.

Et à quels projets au sein de la communauté arménienne avez-vous participé ?

Avec un groupe de femme nous avons effectué des recherches sur des féministes et écrivaines d’origine arménienne. Il s’agissait d’une page ignorée dans la littérature aussi bien dans la communauté arménienne que dans la littérature turque. On n’en parlait pas. Après j’ai également travaillé dans une radio en langue arménienne avec certains collègues. Mais après l’assassinat du journaliste Hrant Dink, nous avons arrêté.

Quelles sont vos motivations politiques? Qu’est-ce qui vous a poussée à vous lancer dans la politique et surtout, à vous présenter au sein du CHP ?

J’ai été élevée dans une famille sociale-démocrate. Mon père fait partie depuis trente ans du CHP. Lorsque vous êtes né dans une famille arménienne en Turquie, c’est impossible d’échapper à la politique. Le CHP avait déjà declaré qu’il pensait désigner un candidat appartenant à la communauté arménienne de Turquie. Il tenait aussi à ce que ce soit une femme. Je me suis donc dit qu’il y avait bien là une volonté de transformation et de changement au sein du parti. Ils ont lancé un appel historique. J’ai voulu faire partie de ce changement et de cette évolution en me présentant sur leur liste. Même si le CHP est souvent critiqué pour ses politiques « unitaires », kémalistes et nationalistes, il est en même temps en voie de toucher une part de la société d’une manière plus incisive.

Pensez-vous qu’une présence plus importante des femmes sur la scène politique, et notamment au sein de l’Assemblée turque, puisse amener du changement dans le pays ? Et notamment en ce qui concerne les violences faites aux femmes ?

Je pense que la présence physique de la femme sur la scène politique amènera du changement face aux approches masculinistes et servira de réponse face aux violences faites aux femmes en Turquie.

En tant que femme et politicienne, quelles actions pourraient selon vous améliorer la condition de la femme en Turquie ?

SelinaNous devons encourager la participation des femmes sur le marché du travail en général. Notamment au sein de l’Assemblée nationale, en ce qui concerne le pouvoir administratif et juridique. Il faudrait aussi améliorer les conditions du congé maternel de manière à encourager les femmes à reprendre leur travail. Il ne faut pas sous-estimer le rôle de la femme dans les médias. Aujourd’hui, les femmes sont très visibles dans les médias mais pas assez présentes dans les postes de direction qui peuvent influencer l’opinion publique. D’autre part, je pense qu’il faudrait augmenter les effectifs de femmes au sein des autorités judiciaires et administratives qui veillent à la garantie de nos libertés.

De la même manière, il faudrait créer des équipes spécialisées sur des questions juridiques concernant les violences faites aux femmes et aux enfants. Il faudrait aussi bien sûr établir un système de juridiction qui traite de ces questions délicates.

Quels sont pour votre parti les enjeux des prochaines élections du 7 juin prochain ?

Comme je viens de le préciser, le CHP a fait souffler un vent de renouveau en touchant différents groupes de la société dans les candidatures et en appliquant une présélection dans le parti. De plus, les femmes et les jeunes amèneront un nouveau souffle au parti. Ils constituent à eux seuls un dynamisme, une nouvelle approche qu’il faut accueillir et apprécier. Je pense donc que le parti devrait gagner en électeurs.

Pensez-vous que le HDP (Halkların demokratik partisi) puisse obtenir plus de 10% des votes et, le cas échéant, quelle leçon la Turquie devra-t-elle tirer d’une telle progression ?

selina dogan ozuzunTout d’abord, il ne faut pas ignorer que ce barrage électoral des 10% est une pratique antidémocratique venant d’une époque où il y avait eu un coup d’État pour empêcher les partis concernés de participer aux élections. Des millions de citoyens n’ont pas la chance d’être représentés au sein du parlement. De ce point de vue, la présence de HDP dans le parlement est essentielle. Si le HDP ne peut pas passer le barrage juste pour avoir obtenu un taux mineur, c’est définitivement une violation de la liberté de l’opinion. De plus, cela va augmenter le pouvoir de représentation du parti au pouvoir de façon inéquitable et approfondir l’injustice actuelle.

Vous êtes une candidate issue de la communauté arménienne ; si vous êtes élue, pensez-vous apporter des changements sur la question des minorités en Turquie ?

Il faut distinguer le parti au pouvoir et les partis d’opposition. Lorsque l’on est au pouvoir, on a sans doute plus de possibilités. Mais dans tous les cas, j’utiliserai les instruments parlementaires pour rendre plus visibles toutes les minorités, et pas seulement les Arméniens. Mais il ne faut pas réduire ce problème à ma seule personnalité politique, car il s’agit d’une question importante en Turquie, une question qui concerne tout le monde.

Propos recueillis par Aurore Cros

1 Comment

  1. Haznedaroğlu

    Je suis franco turque musulmane et son témoignage m’a encouragé pour aller vivre en Turquie et changer les choses au niveau de la société en Turquie et surtout pour les minorités et les classes défavorisés ^^ après avoir finis mes études en France bien-sûr <3

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