International, Politique

Première rencontre turco-russe depuis sept mois

Vendredi 1er juillet, une nouvelle étape déterminante dans le processus de rétablissement des relations diplomatiques entre Moscou et Ankara a été franchie avec la rencontre du ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, et son homologue russe Sergei Lavrov

UntitledC’est à Sochi que les deux ministres se sont entretenus à l’occasion du Sommet régional de l’Organisation de la coopération économique de la mer noire (CEMN) auquel Mevlüt Çavuşoğlu avait été invité par la Russie le 23 juin.

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Une rencontre déterminante pour l’avenir des relations bilatérales

C’est la première rencontre entre des représentants politiques turcs et russes depuis que les deux États ont vu leurs relations se détériorer de façon significative avec la destruction en novembre dernier d’un avion russe SU-24 à la frontière turco-syrienne.

La dernière fois que des ministres turcs et russes avaient été réunis remonte au 3 décembre, soit lors du 22e Conseil Ministériel de l’OSCE à Belgrade.

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Il a fallu moins d’une semaine pour voir les relations turco-russes changer du tout au tout.

En effet, le ministre des Affaires étrangères turc a accepté l’invitation de son homologue russe à Sochi quatre jours à peine après que le Président turc, Recep Tayyip Erdoğan, ait adressé à Vladimir Poutine une lettre dans laquelle il exprimait «  sa tristesse par rapport à l’incident » ; ce qui a été interprété par le Kremlin comme des excuses.

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Une rencontre sur le thème de la sécurité et du dossier syrien

Durant les 36 minutes de discussion, les deux ministres ont évoqué divers sujets : économie, commerce, énergie, coopération, mais aussi lutte contre le terrorisme et dossier syrien.

Mevlüt Çavuşoğlu a qualifié cette rencontre de « très bénéfique et constructive ». Il a aussi expliqué qu’il n’existait aucun tabou entre la Turquie et la Russie : « Nous pouvons parler avec la Russie de toutes les questions qui nous concernent, positives ou négatives, parce que le dialogue qui avait été rompu a repris et nos relations ont commencé à redevenir comme avant ».

Ceci souligne que les deux ministres des Affaires étrangères ont aussi discuté de sujets qui fâchent – à savoir la gestion du dossier syrien. Les deux États ont avancé que la seule possibilité pour une sortie de crise était une solution politique, mais quant aux tenants et aboutissants de cette idée, les visions divergent.

De plus, si Sergei Lavrov a stipulé qu’Ankara et Moscou n’avaient aucun désaccord quant à l’identification des groupes terroristes en Syrie, Mevlüt Çavuşoğlu émet quant à lui des doutes : « L’YPG a ouvert un bureau à Moscou. Nous n’avons pas d’informations suffisantes sur ce sujet. Nous n’avons pas d’informations suffisantes sur la position de la Russie envers l’YPG et le PYD en Syrie. Cependant, nous en avons parlé avec la Russie de façon très claire. Pour nous, il n’y a aucune différence entre le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan – Organisation terroriste en Turquie] et le PYD-YPG [Unités de Protection du Peuple] ».

Malgré leurs désaccords, le ministre turc a assuré que les deux États continueraient à dialoguer et à coopérer sur le dossier syrien.

Trois jours après les attentats qui ont frappé Istanbul, la lutte contre le terrorisme n’a pas été mise de côté. Mevlüt Çavuşoğlu a rapporté que la Russie et la Turquie allaient coopérer de façon coordonnée pour lutter contre les organisations terroristes : « Il y a des attaques organisées par Daech et le PKK. Il y a des attaques effectuées par le PKK-YPG […] Mais, certains pays de la coalition et d’autres, tels la Russie et l’Iran, doivent se battre plus efficacement contre les organisations terroristes comme Daech. Il est donc important de faciliter la coopération et la coordination entre des unités et les forces de sécurité russes et turques ».

Sergei Lavrov a confirmé ces intentions en annonçant la reprise d’un « groupe de travail pour la lutte contre le terrorisme » qui avait été suspendu pendant les sept derniers mois. Ce dernier a aussi annoncé que « les contacts se développeront par d’autres canaux, y compris par l’entremise de l’armée des deux pays ».

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Prochaine rencontre

Avant de s’entretenir avec Sergei Lavrov, Mevlüt Çavuşoğlu a indiqué que Vladimir Poutine et le président turc pourraient se rencontrer en août à Sotchi. Le même jour, le Kremlin a signalé qu’il était en effet question d’une rencontre entre les deux dirigeants avant le sommet du G20 qui se tiendra en Chine en septembre prochain.

Levée des sanctions

En attendant cette prochaine rencontre, la levée des sanctions se poursuit.

À la suite de l’entretien téléphonique entre les présidents turc et russe, ayant eu lieu le 29 juin dernier, Vladimir Poutine avait annoncé que les restrictions sur le secteur touristique allaient être levées. Il a en effet ordonné à son gouvernement de permettre aux vols charters de reprendre la liaison entre la Turquie et la Russie.

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Le 30 juin dernier, Vladimir Poutine a signé un décret annulant l’interdiction de la vente de voyages organisés en Turquie.

De plus, le président russe a exigé à son gouvernement de s’atteler à la normalisation des relations commerciales avec la Turquie ; à savoir mettre fin à l’embargo alimentaire. En revanche, en ce qui concerne l’embargo sur les produits frais – à savoir fruits et légumes – selon le Kremlin, il faudra attendre la fin de l’année 2017 pour que celui-ci soit levé.

Après la rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères, le ministre russe du Développement économique, Alexey Ulyukayev, a annoncé, lors d’une interview au journal Gazeta.ru, que le commerce et les investissements entre la Turquie et la Russie étaient sur le point d’être rétablis. En outre, il devrait rencontrer le ministre de l’économique turc, Nihat Zeybekci, durant le G20 en septembre prochain.

Après sept moins de guerre des mots et de sanctions économiques, cette première rencontre turco-russe marque une nouvelle ère dans les relations turco-russes. Mais, ce rapprochement a d’abord été entrepris pour des raisons économiques et commerciales. Dès lors, il semble peu probable de voir prochainement les leaders turcs et russes s’entendre sur la gestion politique des grands dossiers régionaux qui les ont divisés dans le passé : dossier syrien et crise ukrainienne en tête.

Camille Saulas.

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