International, Politique

Rencontre à Istanbul entre Angela Merkel et MM. Erdoğan et Davutoğlu

 

Mme Merkel s’est entretenue dimanche avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu et le président Recep Tayyip Erdoğan, à Istanbul. Elle s’y trouvait pour une courte visite, trois jours après l’adoption par un sommet de l’Union européenne d’un « plan d’action » pour amener la Turquie à agir en amont sur le flux de migrants fuyant notamment la guerre en Syrie, en les gardant sur son territoire. 

 

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La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, à Istanbul le 18 octobre 2015.

 

Au terme de leur rencontre,  la chancelière et les dirigeants turcs ont estimé avoir progressé sur la question des migrants, bien qu’aucune des parties n’évoque un accord définitif.

La Turquie formule quatre demandes : l’octroi de 3 milliards d’euros pour l’accueil des réfugiés, une exemption de visas pour les citoyens turcs voulant voyager en Europe, la reprise des négociations d’adhésion à l’UE, et la participation turque aux sommets européens. La question de l’inscription sur la liste des « pays d’origine sûre » reste également en discussion, Berlin se montrant désormais favorable à cette évolution, refusée par d’autres capitales.

Une visite controversée

La visite d’Angela Merkel en Turquie s’annonçait délicate et l’a été. Les nombreuses critiques ont émané de plusieurs partis politiques allemands, notamment celui de la chancelière, d’académiciens turcs et d’organisations internationales comme Amnesty international. Ce voyage, à deux semaines des élections parlementaires prévues le 1e novembre en Turquie, et dans un contexte politique tendu, est vu comme un geste de soutien au Parti de la Justice et du Développement (AKP), de plus en plus critiqué pour ses dérapages autoritaires.

Dans une lettre ouverte à la chancelière, 100 académiciens turcs ont décrit leur perplexité devant la visite de Merkel en Turquie, au mépris des valeurs européennes, rappelle Today’s Zaman. Dans le même temps, Amnesty International (AI) a appelé Angela Merkel à mettre sur la table le sujet des droits de l’homme et l’UE à sécuriser des routes pour les réfugiés qui tentent de fuir vers l’Europe.

Dans une conférence de presse conjointe avec Davutoğlu, la chancelière allemande a répondu que certains sujets d’importance devaient être traités, peu importe s’ils survenaient durant la campagne électorale turque. Rappelant le soutien européen à la Turquie, Angela Merkel a annoncé une collaboration accrue entre les pays européens et la Turquie pour prévenir l’immigration illégale en Europe, notant que l’UE accueillera une immigration contrôlée et régularisée sur son sol.

Le Premier Ministre, Ahmet Davutoğlu, a lui aussi regretté que cette « visite humanitaire » soit interprétée sous un angle politique, expliquant que le but de était d’adresser un problème global que personne ne peut traiter seul. Revenant sur la situation en Turquie, il a félicité les efforts de l’Allemagne en matière d’accueil des réfugiés, quand « les autres ont fermé leurs portes ».

Collaboration accrue entre l’UE et la Turquie

De part et d’autre, le ton se voulait conciliant. Le premier ministre turc s’est réjoui de « la meilleure approche » de l’UE à propos des réfugiés, tandis que la chancelière allemande déplorait « le peu d’aide internationale attribuée à la Turquie pour sa contribution immense ». Le gouvernement turc affirme avoir dépensé 7 milliards d’euros pour les quelque 2,2 millions de réfugiés installés dans le pays, alors que l’aide qu’il a reçue n’a pas dépassé 417 millions.

Pour le Premier Ministre, la crise migratoire ne trouvera pas de solution tant que le conflit syrien ne sera pas résolu. Il a proposé la création d’une « zone de sûreté » dans le Nord de la Syrie, initiative soutenue de longue date par la Turquie, mais avec un soutien international pour le moins modéré…

Angela Merkel, quant à elle, a réaffirmé l’importance d’une Turquie stable et d’un nouveau départ pour le règlement de la question kurde, après l’échec du processus de paix amorcé en 2012.

L’Allemagne prête à soutenir l’adhésion de la Turquie à l’UE

La chancelière allemande s’est dite prête à relancer l’accession de la Turquie à l’UE et à rouvrir le chapitre de négociations sur les domaines économique et monétaire, en échange de la coopération de la Turquie pour réduire le flot de réfugiés vers l’Europe. Davutoğlu a quant à lui espéré une accélération du processus d’adhésion à l’UE, saluant les progrès accompli dans en matière de libre circulation des ressortissants turcs voyageant en Europe.

Après sa rencontre à Istanbul avec M. Davutoğlu, Angela Merkel a été reçue par le Président Erdoğan. Celui-ci a insisté sur la nécessité de collaborer dans la lutte contre les organisations terroristes, la Turquie affrontant tant l’organisation de l’Etat islamique que le PKK. Il a également indiqué avoir demandé à l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne de soutenir un processus d’adhésion accéléré pour la Turquie.

Coralie Forget

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