Politique, Société

Revue de presse – Ce milieu de semaine dans la presse turque

Au programme aujourd’hui dans la presse turque : un député lâchement poignardé, un réquisitoire chargé dans le procès Soma, un nouveau palais dont le prix fait jaser, un footballeur à bout, un procureur à l’éthique irréprochable, et un autre au sommeil malvenu…

revuedepressephoto1

Le fait du jour

La violente attaque au couteau subie par Ahmet Karataş, député HDP (Parti démocrate des peuples). Plusieurs fois poignardé dans le cou, il a été hospitalisé en soin intensif dans un état grave. Les faits se sont produits le mardi 4 novembre dernier dans le bâtiment du parti à Ankara. Juste un jour après que le HDP ne se soit publiquement plaint d’être la victime d’un lynchage médiatique. Peu de temps avant, le co-leader du parti Selahattin Demirtaş avait également été la cible d’incidents au cours d’un vol.

C’est le quotidien kémaliste Cumhuriyet (la République) qui condamne le plus fermement l’acte, parlant de « sombre attentat » et y voyant « la méthode de l’État islamique » ; tandis que Yeni Şafak (Nouvelle aurore), le journal conservateur pro-gouvernemental, parle de son côté d’une « provocation dangereuse ». Le titre libéral Milliyet préfère lui se pencher sur le portrait de l’énigmatique assaillant, arrêté par les forces de l’ordre quelques heures plus tard. Le journal nous apprend ainsi qu’il s’appelle Emre Akman, que c’est un jeune homme de vingt-huit ans qui se dit volontiers nationaliste et qui aime à se faire appeler « Reis » (grand frère) par son entourage.

On doit au journal d’opposition Taraf (le Côté, le Parti) des informations sur un versant complémentaire de l’affaire : l’avenir hautement incertain du HDP. Le quotidien se fait en effet l’écho des craintes du député Hasip Kaplan, qui pense que le Milli Güvenlik Kurulu (Organisation de sécurité de l’État), une institution héritée de l’époque des juntes militaires mais qui reste toujours aussi influente, n’ait déjà pris la décision de faire fermer le Parti. Et ce n’est pas la déclaration suivante de Bülent Arınç, le vice-Premier ministre, qui le rassurera : « Nous aussi sommes contre la fermeture des partis politiques. Mais un parti qui est l’acteur principal de telles manifestations [Ndrl : celles de Kobané qui ont fait plus de 30 morts à travers le pays] ne trouve pas sa place même dans les pays démocratiques. »

Le reste des titres

« 301 fois la perpétuité », c’est ni plus ni moins ce que réclame le procureur chargé du procès Soma à l’encontre de Can Gürkan, le patron de la mine. Ce chiffre, qui fait le titre du grand quotidien libéral Hürriyet, est une référence évidente aux 301 mineurs qui ont tragiquement perdu la vie dans la catastrophe minière de Soma, en mai dernier.

Catastrophe minière toujours, Ali Özdemir, le procureur général qui sera chargé du dossier de la mine d’Ermenek a vidé sa maison. C’est l’info reprise en Une par Milliyet qui explique que l’homme a agi ainsi après avoir découvert que son propriétaire faisait partie de l’entourage du propriétaire de la mine. Le procureur, qui déclare avoir agi par éthique, attend désormais qu’un logement de fonction de 80 mètres carrés se libère.

Une exemplarité qui aurait gagné à être partagé par son confrère Baki Çalışkan, qui s’est tout bonnement endormi au su et au vu de tous pendant le procès pourtant très émotionnel de la mort d’Abdullah Cömert. Ce jeune manifestant de 22 ans avait été tué par les forces de l’ordre à Antakya pendant le mouvement Gezi. Une faute professionnelle qui donne lieu à la photo du jour.

revuedepressephoto2

Trop c’est trop ! Deniz Naki, l’attaquant germano-turc du club de foot Gençlerbirliği, quitte son club à la suite d’une agression survenue le dimanche 2 novembre à Ankara, raconte le quotidien très à gauche Bir Gün. Le jeune homme, qui a également confié être régulièrement victime de racisme en raison de ses origines kurdes et alévis, aurait ainsi payé le prix de ses messages de supports aux combattants kurdes sur les réseaux sociaux.

Enfin, le nouveau palais présidentiel à Ankara et son coût faramineux sont loin de passer inaperçus. Bir Gün s’amuse, assurant que non le prix, à savoir un milliard 370 millions, n’était pas en anciennes mais bien en nouvelles livres turques, la monnaie ayant perdu six zero après la virgule lors du changement en 2005. Hürriyet remue le couteau dans la plaie en y ajoutant un avion officiel qui aurait lui coûté quelque 410 millions. Enfin, jouant sur le titre d’un roman ottoman de Refik Halid Karay, Bugünün saraylısı, Taraf annonce la naissance d’une nouvelle Cour ottomane.

Alexandre De Grauwe-Joignon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *