Politique

Sa colère fait parler tout un pays

Inutile de prononcer son nom, il est connu de tous. Depuis son cri de colère dimanche dernier lors de l’enterrement de son frère, capitaine tué dans une attaque du PKK vendredi 21 août, le lieutenant-colonel Mehmet Alkan fait beaucoup parler. Retour sur les réactions de ces trois derniers jours.

alkan1

Certains jugent son comportement déplacé pour un officier supérieur de la gendarmerie. D’autres estiment sa colère juste pour dénoncer une guerre incomprise et sans issue qui emporte des hommes dans l’exercice de leur devoir. En tout cas, tout le pays parle de lui. Aux divisions politiques influencées par la crise syrienne, le conflit en cours dans le Sud-Est contre le PKK et l’embrouillamini autour de la formation d’un nouveau gouvernement s’ajoute la colère d’un militaire troublé par le deuil et la passion du désespoir.

Il fait l’objet de toutes les attentions. Au point de s’évanouir quelques instants sous la tente érigée en face de la maison familiale dans le district de Fatih à Osmaniye. Il recevait alors avec ses proches les condoléances des habitants du quartier et des officiels pour le troisième jour d’affilé. Pris en charge, il recouvre rapidement ses esprits. Sollicité par les médias, il dit s’en remettre à Dieu, n’ayant visiblement plus la force d’expliquer pour une énième fois son acte de dimanche. D’autres le font alors à sa place, parfois pour apaiser une polémique qui enfle, parfois pour la gonfler davantage.

  • Déclaration d’un autre grand frère du militaire défunt

Mustafa Alkan est aussi un soldat. Il est sous-officier dans la marine. Aux médias, il essaie d’expliquer l’acte de son frère, présent à l’enterrement dans sa tenue d’officier de la gendarmerie : « Il portait aussi son uniforme le jour de son mariage. (Sa déclaration) n’était pas planifiée. Nous souffrons. Il n’y a rien d’autre à ajouter ».

  • Conférence de presse du Premier ministre

Venant d’apprendre que le président de la République lui confiait la mission de conduire le gouvernement d’intérim, Ahmet Davutoğlu a répondu aux journalistes : « Nous traversons des jours difficiles. Mais si nous comprenons la douleur nous devons franchir ces épreuves avec dignité et solennité ».

  • Déclaration du ministre de l’Intérieur

Depuis une réforme du 10 mars 2015, la gendarmerie est rattachée au ministère de l’Intérieur. Celui qui le dirige, Sebahattin Öztürk, a voulu rappeler le devoir de réserve qui échoit à la fonction d’un gendarme : « Je comprends (la réaction du lieutenant-colonel Mehmet Alkan) mais ce n’est pas digne d’un militaire de tenir ce genre de propos politiques ».

  • Déclaration de la Direction générale de la gendarmerie

Le quotidien Hürriyet a appris d’une source interne à la Direction générale de la gendarmerie qu’une enquête disciplinaire est ouverte. « Il s’agit d’une procédure normale dans l’armée. Ça ne veut pas dire qu’il est coupable. L’officier va donner sa version des faits et il faudra attendre pour connaître la conclusion de cette affaire », a ajouté cette source.

  • 3 gardes à vue et 2 détentions provisoires

Trois personnes ont été mises en garde à vue suite aux tensions nées des colères exprimées par les proches du militaire décédé. L’un d’eux, Mehmet Asker, a finalement été remis en liberté, tandis que les deux autres, Nail Toplu et Emir Melih Avşar, ont été placés en détention provisoire pour « insulte au président ».

  • Campagne de lynchage médiatique par les « Ak troller »

Nous évoquions déjà dans un précédent article la campagne médiatique menée pour décrédibiliser Mehmet Alkan, mais elle a encore dégénéré. Sur Twitter, certains l’ont accusé d’être proche de Fethullah Gülen en utilisant le mot-dièse « #YarbayFETÖ » (officier FETÖ), le sigle FETÖ signifiant Fethullah Terör Örgütü (Organisation terroriste de Fethullah Gülen). D’autres, plus nombreux, l’ont accusé d’être un « #YarbayAlevi » (Officier alévi), sans que personne ne sache s’il est ou non de confession alévie, et comme si cela en faisait un opposant naturel au gouvernement.

Jean Lannes

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *