Culture, Découverte, Tourisme

Safranbolu, perle anatolienne

Déjà vingt ans que Safranbolu est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce label a permis à la ville de préserver les traces de son histoire ottomane. Une authenticité et un charme naturel offrant à ses visiteurs un véritable bond dans le passé. Découverte.

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Une perle anatolienne. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier la ville de Safranbolu.  Située dans la région ouest de la mer Noire, à 225 kilomètres au nord d’Ankara, cette cité a su garder son apparence d’origine avec ses édifices typiques de l’époque ottomane.

Pendant plusieurs siècles, Safranbolu était l’une des étapes incontournables de la route de la soie. Les caravaniers y faisaient halte en raison de sa position stratégique entre Orient et Occident. Elle tient d’ailleurs son nom au commerce du safran qui faisait sa renommée.

Fait unique, l’ensemble de la ville est classé sur la liste du patrimoine de l’UNESCO depuis 1994. La reconnaissance de sa valeur universelle exceptionnelle a été motivée par la remarquable conservation de son architecture urbaine : des bâtisses particulières qui ont longtemps constitué une référence dans le domaine de la construction, et ce dans une grande partie de l’Empire ottoman. Quelques 2000 maisons traditionnelles ottomanes, construites entre le XVIIIème, le XIXème et le début du XXème siècle, donnent au centre historique, son caractère unique et authentique. Les maisons, hautes de deux étages, permettaient à plusieurs générations de cohabiter ensemble. Plus de la moitié de celles-ci sont protégées par la Commission de préservation du patrimoine culturel et naturel. Elles sont ainsi soumises à de nombreuses restrictions concernant leur restauration puisque ces bâtisses se doivent d’être conservées au mieux dans leur état d’origine. Transformées en musée, certaines de ces demeures permettent de découvrir les habitudes des familles ottomanes. Mis en scène, des modèles grandeur nature reproduisent des actions de vie quotidienne : cuisine, cérémonie de mariage, repas, chambre à coucher.

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Ces vieilles maisons ne sont pas uniquement reconverties en musées, certaines d’entre-elles abritent hôtels et restaurants. Ainsi, le tourisme est devenu la principale activité économique de Safranbolu. L’année dernière, 263 444 touristes sont venus fouler les pavés de la vieille ville, dont 53 601 étrangers. A la première place les Taïwanais (15 479 touristes en 2014), viennent ensuite les Chinois (8 749) et enfin les Allemands (6 295). Les Français, quant à eux, se retrouvent à la sixième place du classement avec 1944 visiteurs l’an passé.

Une économie du tourisme que la ville a su mettre en valeur par la conservation de ses sites traditionnels, comme le bazar Arasta, dans lequel des artisans vivent de leur art : lampes faites dans des calebasses (sorte de grands fruits secs) ou alors fabrication de yemene, chaussures typiques de la viDSC_0188lle, utilisées notamment par les soldats ottomans durant la guerre d’indépendance. Une maîtrise de fabrication qui se transmet de génération en génération. « J’ai commencé mon apprentissage dans les années 1980 », explique Erhan Başkaya qui est aujourd’hui l’un des derniers maîtres cordonniers du bazar. « Je confectionne en moyenne une paire de chaussures par jour. On utilise du cuir de buffle pour l’extérieur et du cuir de mouton pour l’intérieur », nous confie-t-il en plein ouvrage.

En fin de journée, à l’ombre des feuilles de vignes suspendues entre les échoppes du bazar, les visiteurs déambulent tranquillement à la découverte des spécificités locales comme le café traditionnel, proposé par l’Arasta khavesi, et dont l’origine remonte à 166DSC_01291.

Autre particularité de la région ? Le safran. Cette épice, la plus chère du monde, est extraite d’une fleur appelée le Crocus sativus. Elle est utilisée dans les savons ou même dans les spécialités turques, comme les loukoums. Le safran est populaire pour ses vertus thérapeutiques, son puissant colorant et sa saveur particulière qui ravive le goût de tous les aliments.

Un cadre verdoyant

Pour les amoureux de la nature, Safranbolu repose au cœur d’une région naturelle et riche d’histoire. La grotte de Bulak, longue de 6 kilomètres et la quatrième plus grande de Turquie, permet de se promener sur 400 mètres à travers la roche humide. Pour une aventure en extérieur, la Kristal teras, perchée à 80 mètres de hauteur, donne une vue incroyable sur le Tokatlı kanyon qui peut également se traverser par un chemin de randonné pour les plus sportifs.

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Cette nature attire également nombre de Stambouliotes. Ils y viennent pour se ressourcer et se reposer en famille ou entre amis, à l’instar d’Alperen Yekeler. Ce jeune cinéaste de 23 ans a étudié pendant trois ans dans l’unique université de la ville, Karabük. Trois années d’études qu’il a particulièrement appréciées. « Je faisais de la musique, du théâtre… j’avais beaucoup de possibilités artistiques », se remémore-t-il. Mais il a décidé de quitter la ville pour achever ses études à Istanbul en raison du manque d’équipements universitaires. Depuis, il y revient régulièrement, notamment pour des vacances. « J’aime la nature et ici, quand je marche dans les rues, je me sens vraiment bien, apaisé ». Dans la vieille ville, il affectionne surtout le bazar Arasta se trouve la boutique de ses amis, producteurs de vidéos. « Safranbolu est ma deuxième ville mais je ne pourrais pas y vivre », nuance-t-il toutefois, lui préférant le charme cosmopolite d’İstanbul.

Safranbolu reste une ville à taille humaine, dans laquelle les moments de rassemblements s’apparentent à de grandes fêtes de famille, en particulier durant le mois du ramadan. L‘iftar (la rupture du jeûne) est célébré à Safranbolu, comme dans toute la Turquie. Un repas rituel organisé par la municipalité et qui réunit chaque soir plus de 1 000 personnes dans des salles communes, réparties dans trois endroits de la ville. Il est gratuit et offert à tous : hommes, femmes, enfants et vieillards. « Pauvres ou riches, cela n’a pas d’importance. L’idée est de tous se réunir », souligne Şule Eren, une employée de la municipalité. En soirée, des spectacles sont proposés sur la place publique, le Misak-i milli square, une sorte de mini-amphithéâtre. Une première partie consacrée aux enfants propose spectacle humoristique, une plus tardive pour les adultes met à l’honneur des musiques traditionnelles. A l’image de la ville.

Florie Cotenceau & Khadija Ben Hayyan

Vidéo de Kürkçü Dükkanı :

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