International, Politique

Un commissaire européen pour lutter contre le terrorisme

À l’heure où l’Europe connaît une multiplication des attentats terroristes sur son territoire et est profondément déstabilisée par la décision britannique de sortir de l’Union, Sir Julian King, un Britannique, va se voir nommer le nouveau commissaire chargé de la stratégie antiterroriste européenne.2016-08-08-18-59-51

Alors que l’Union européenne (UE) semblait impuissante face à la menace terroriste qui s’abat dans ses pays membres – en premier lieu, la France et l’Allemagne-, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé mardi 2 août la nomination de Sir Julian King en tant que commissaire européen chargé de la sécurité. L’homme de 51 ans devrait ainsi remplacer son concitoyen Lord Jonathan Hill, ancien commissaire européen chargé de la sécurité, qui a déposé sa démission après le résultat du référendum sur le Brexit.

C’est un nouveau portefeuille qui a enfin été créé pour lutter contre la criminalité et le terrorisme : le portefeuille de l’Union de la sécurité. Loin d’avoir un rôle fantôme, le nouveau commissaire à l’Union de la sécurité sera chargé de s’assurer d’une approche commune en matière de sécurité, un meilleur échange des informations ainsi qu’une collaboration efficace entre les pays européens en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, le crime organisé et la cybercriminalité – le tout en transformant Europol. Le diplomate, selon son ordre de mission, devrait aussi mettre en place des moyens de gestion de la radicalisation et du retour des combattants provenant de Syrie sur le sol européen. Autant de missions qui sont aujourd’hui indispensables pour lutter efficacement contre la menace terroriste. En effet, les spécialistes de cette question stipulent, par exemple, que les attentats de Paris en novembre dernier se sont produits notamment du fait du manque de coopération et de coordination entre les services de renseignements des États membres et européens.

Le Britannique est un diplomate émérite ce qui lui permet de trouver de nombreux relais dans les pays membres de l’UE, et ainsi d’apaiser les tensions et d’améliorer la coopération en matière sécuritaire qui aurait pu être davantage affectée par le Brexit. Pourtant, sa nomination suscite le débat à l’heure où son pays a pris la décision d’activer prochainement l’article 50 du Traité de Lisbonne.

Juncker considère cette nomination comme un véritable levier pour faire pression sur la nouvelle Première ministre britannique, Theresa May, afin que celle-ci continue à collaborer en matière sécuritaire avec l’UE en dépit de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union. Il est indéniable que les États membres ont besoin des renseignements et de la collaboration pleine et entière des services secrets britanniques pour faire face au spectre du terrorisme. Mais, Londres a autant besoin de ne pas s’aliéner les membres de l’Union sur cette question. En effet, les hauts responsables des services de renseignements britanniques (MI5 et MI6) et de Scotland Yard sont conscients de la menace islamiste de Daech qui pèse sur leur pays, et savent que ce n’est qu’une question de temps avant que l’Angleterre soit elle aussi frappée par un attentat. D’ailleurs, alors que la campagne référendaire battait son plein en Grande-Bretagne, des responsables de la police et des services secrets britanniques appuyaient sur le risque de perdre un allié tel que Europol – le centre européen de l’antiterrorisme. En outre, le président de la Commission européenne désire faire passer un message fort à Theresa May : tant que vous ne serez pas sortis officiellement et totalement de l’organisation régionale, vous avez des droits, mais aussi, et peut-être surtout, des obligations à ne pas oublier.

Malgré tout, rien n’est fait. L’approbation du Parlement européen en automne prochain devrait être une simple formalité après que sa candidature soit officiellement présentée par le Conseil. Mais l’accord de tous les États membres n’est pas forcément acquis. Certains répugnent à voir un Britannique à la tête de ce nouveau portefeuille dans la mesure où il se devra d’appliquer La Stratégie de l’Union de la sécurité qui s’étend sur cinq ans alors que dans deux ans, ce dernier risque de devoir quitter ses fonctions. De nombreuses voix s’élèvent donc contre cette nomination, et ce, au sein même du Parlement européen. Certains avancent qu’à l’heure actuelle l’attribution d’un tel poste, aux responsabilités majeures et aux enjeux conséquents, à un pays qui a décidé de quitter l’UE est tout bonnement ridicule et incompréhensible. Pourquoi donner tant de responsabilités à un pays qui dispose en plus d’une option de retrait, c’est-à-dire la possibilité de ne pas appliquer toutes les politiques européennes communes en matière de sécurité ?

Camille Saulas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *