Politique, Société

Un double attentat à la bombe frappe les sièges du HDP à Adana et Mersin

Les bureaux de province du HDP (Parti de la démocratie des peuples) à Adana et à Mersin ont ce matin été les cibles d’attentats à la bombe. Les déflagrations simultanées n’ont pas fait de victimes mais ont blessé trois membres du parti.

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Au bureau du parti à Mersin, dans le sud du pays, c’est un pot de fleurs reçu un jour plus tôt qui a explosé. Fort heureusement, aucune perte n’est à signaler car l’objet avait entre-temps été placé sur le balcon du bâtiment. « S’il avait été à l’intérieur, ça aurait été le chaos », a reconnu Mahmut Karabulut, candidat HDP aux prochaines législatives.

À Adana aussi

Au même moment, à 70 kilomètres à l’est de là, le siège du district de Seyhan (Adana) a lui aussi été le théâtre d’une déflagration qui a blessé le co-président du district, Hüseyin Beyaz, l’ancien co-président pour la province d’Adana, Sabahattin Pişkinbaş, et Ibrahim Yakup. Les trois hommes ont été transportés à l’hôpital et leurs jours ne sont pas en danger.

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Les responsables des attentats étaient manifestement bien informés car, comme l’a expliqué Rıdvan Turan -lui aussi candidat aux législatives- au site d’information bianet, un meeting se déroulait au moment des faits.

Ce double-attentat s’inscrit en effet dans un contexte politique tendu, à une vingtaine de jours d’un scrutin jugé déterminant : les élections législatives du 7 juin. La veille, un meeting électoral était donné à Adana par Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ, les deux co-présidents du HDP.

Un parti qui dérange l’establishment

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Figen Yüksekdağ (gauche) et Selahattin Demirtaş (droite) la veille à Adana.

Ouvertement pro-kurde, défenseur auto-proclamé des minorités ethniques comme sexuelles (en témoigne notamment sa composante LGBT), tourné vers l’écologisme, et locomotive de la parité homme-femme en politique (ses listes de candidats se rapprochant du 50-50), le vaste parti-chapeau qu’est le HDP (Halkların Demokratik Partisi, Parti de la démocratie des peuples) gagne progressivement du terrain en Turquie. L’ascension remarquée de la désormais quatrième formation politique du pays -après l’AKP, le CHP et le MHP- s’effectue au prix d’un nombre croissant d’inimitiés et d’intimidations plus ou moins concrètes.

Ses détracteurs lui reprochent principalement son engagement pro-kurde et sa trop grande proximité avec Abdullah Öcalan, le leader emprisonné du PKK. Avant-gardistes pour certains, impensables pour d’autres, les positions du HDP en exaspèrent plus d’un tant du côté du parti au pouvoir, que dans les milieux ultra-nationalistes de Turquie. Le double-attentat de ce matin s’ajoute à une déjà longue liste d’agressions en tout genre. On se souviendra par exemple de la grave attaque à l’arme blanche du 4 novembre dernier dans le bureau du parti à Ankara. Plusieurs fois poignardé par un jeune nationaliste, le député Ahmet Karataş avait du être conduit en soin intensif.

Les membres du parti, eux, dénoncent depuis longtemps ces pressions et violences qu’ils attribuent à l’acharnement avec lequel certains médias ou hommes politiques influents du pays les « épingle » dans leurs colonnes/discours, faisant d’eux des ennemis tout désignés et mettant ainsi leur sécurité en danger. Un état de fait qui, les élections approchant à grand pas, ne cesse de gagner en intensité, et qu’a aujourd’hui vivement dénoncé Meral Danış Beştaş, candidate du parti à Adana : « C’est le résultat de la désignation systématique, tous les jours et partout, du HDP comme cible. Le joyeux meeting de hier a fait des envieux. »

Alexandre De Grauwe-Joignon

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