Chroniques

Un philosophe dont la sagesse se reflète dans des mosaïques

Par Derya Adigüzel.

Ömer Buçukoğlu était un artisan de mosaïques de verre. Il lisait dans l’âme du verre et le transformait en une œuvre d’art, en le travaillant avec beaucoup de peine, tenant entre ses mains un diamant qui lui servait d’instrument de travail. Il n’oubliait jamais que cet art était une occupation nécessitant une très grande assiduité. Dès que son œuvre se révélait, il en oubliait toute sa fatigue. Comme il n’exerçait pas son art pour gagner de l’argent, il distribuait ses oeuvres aux membres de sa famille, à ses amis.

M. Buçukoğlu, né en 1923 à Kayseri, est diplômé de la Faculté d’Agriculture de l’Université d’Ankara comme ingénieur en agriculture. Il était l’un des premiers employés du ministre de l’Agriculture de l’Etat turc à être envoyé aux Etas Unis dans des universités de haut rang comme celle de Stanford, ou l’Université de Missouri-Kansas City (UMKC). Il y partit avec son épouse Nebahat ainsi que ses filles Filiz et Fulya. Au cours de ses études aux Etats-Unis, qui ont duré 5 ans, aux débuts des années 1950, ils ont pu observer l’Amérique des années 1950 et ont témoigné de la beauté de cette époque. Ömer Buçukoğlu était un vrai bureaucrate, honnête et exemplaire, et a été promu jusqu’à la présidence de l’administration d’agriculture de l’Etat turc.

Le talent artistique de M. Buçukoğlu lui vient de son arrière-grand-père d’il y a trois génération : Nakkaş Hacı Mehmet Ağa, l’un des artisans qui produisaient les ornements du Palais ottoman. On peut toujours admirer les œuvres incomparables de Mehmet Ağa à la Mosquée de Yıldız à Beşiktaş, à Istanbul. Après avoir pris sa retraite, il commença  à effectuer des gravures en bois, puis de la peinture à l’huile et enfin des mosaïques en verre.

Juste avant son décès en 2000, il avait organisé deux expositions avec ses 47 œuvres. Il a offert certaines d’entre elles à ses petits-enfants – moi inclus – comme cadeau. On peut trouver ses œuvres dans le monde entier, y compris au Canada, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France ou encore au Royaume-Uni.

Pour travailler ses mosaïques de verre, il coupe à l’aide de son diamant des verres de deux millimètres d’épaisseur trouvés sur des sites de construction (les fournisseurs n’en produisent plus). Il peint un par un toutes ces petites mosaïques afin de créer un tableau. Je possède l’un de ces tableaux, de dimension 1,5m sur 1m, fabriqué avec 40 000 pièces de verre, toutes de couleurs différentes.

Des natures mortes, des paysages, des figures avec mosaïques, des villages d’Anatolie : toutes ses œuvres sont des traces uniques de sa vie.

Nous détenons à travers certaines anecdotes de son existence sa philosophie de vie que l’on peut retrouver dans les reportages qui lui ont été consacrés au cours de sa vie d’artisan. J’ai toujours été fier d’être l’un de ses petits-enfants. Il était fier de sa ville d’origine : « la moitié de mon talent vient du fait d’être né à Kayseri », disait-il. Pour produire un tableau, il avait raconté qu’il fallait au minimum trois à quatre mois et qu’il travaillait au moins quatre heures par jour.

« Mes fleurs sentent comme le printemps, mes chevaux hargneux courent, mes cigognes volent dans les nuages, les paysans dans mes villages vivent », disait-il pour exprimer son ambition qui se reflète dans ses tableaux.

Derya Adigüzel

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