Culture, Politique, Société

Une exposition pour le centenaire de la bataille des Dardanelles

Hier matin, au Musée de la Türkiye İş Bankası d’Eminönü, a eu lieu l’inauguration de l’exposition « Derinlerden Siperlere : Çanakkale 1915 » (« Des profondeurs sous-marines aux tranchées : Dardanelles 1915 ») qui se tiendra jusqu’au 16 août prochain.

CANAKKALE_SERGI 2015 AFIS SUBE.indd

Affiche de l’exposition

Pour Savaş Karakaş, curateur de l’exposition, cette initiative est une histoire de famille, puisque son grand-père, qui a vécu cette guerre, lui a donné son prénom : Savaş signifie « guerre » en turc. En présentant aux journalistes une photographie de lui, enfant, sur les genoux de son grand-père, il déclare avec une pointe d’émotion dans la voix : « Dedemin elini tutmak » (« C’est comme si je tendais la main à mon grand-père »). Haluk Oral, conseiller principal de l’exposition, rappelle qu’il est impossible de tout dire sur cette période qui nécessite au moins « trente volumes historiques ». La Directrice adjointe et responsable culturelle du musée, Senar Akkuş, était également présente. Pour elle, cette exposition sert avant tout à valoriser la transmission, la mémoire historique entre les générations.

Capture d’écran 2015-03-09 à 17.13.07

Savaş Karakaş, curateur de l’exposition. Photo : A.B.

Çanakkale, bataille fondatrice et centenaire

La bataille de Çanakkale a débuté le 25 avril 1915 et s’est terminé le 9 janvier 1916. Elle opposait l’Empire Ottoman, allié durant la Première Guerre mondiale aux Empires centraux (Empire Austro-Hongrois, Allemagne) aux troupes françaises et anglaises, alliées aux Russes. Ces derniers voulant rejoindre Constantinople, et créer un passage entre la Méditerranée et la Russie, attaquèrent le détroit des Dardanelles, première porte d’entrée vers la mer Noire. Défendant farouchement leur territoire de part et d’autre du détroit, les Turcs contraignirent leurs ennemis à s’enliser dans une guerre de position à la fois sur mer et sur terre.

Le Turquoise, un sous-marin français

Le Turquoise, un sous-marin français

Sur terre, la guerre faisait rage entre les tranchées des différents camps. Les positions ottomanes surplombaient les positions anglaises et françaises arrivées par la mer. Sur mer, les mines disposées dans le détroit par les forces ottomanes empêchaient les navires et les sous-marins de passer et de rejoindre la mer de Marmara. Malgré ce blocus, le sous-marin français Turquoise parvint à se faufiler dans les eaux ottomanes pour un repérage des effectifs ennemis. Les Allemands découvrirent la présence du sous-marin dans la zone qu’ils contrôlaient et l’anéantirent.

Si en France cette bataille a moins de résonance dans la culture collective nationale bien plus centrée sur le front franco-allemand ; en Turquie, il s’agit d’un événement majeur, en partie fondateur de l’identité nationale. En effet, Mustafa Kemal, le père de la République de Turquie, alors âgé de 34 ans, était lieutenant-colonel lors de cette bataille. C’est à partir de cette victoire des Turcs que Mustafa Kemal Atatürk s’est imposé comme un leader militaire.

Mais c’est aussi une date majeure pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande, récemment devenus des dominions britanniques indépendants. Le 25 avril, journée de l’ANZAC (Australia New Zealand Army Corp) est une journée commémorative dans plusieurs pays du Pacifique sud.

Une rencontre symbolique : Ulviye Balkan et John Shelton

Parmi les moments forts de cette visite de presse figure la rencontre entre Ulviye Balkan et John Shelton, dont les aïeux respectifs combattaient dans des camps opposés. Le père de Madame Balkan, Kılıçaslan, tira sur le sous-marin français Turquoise, qui fut capturé par les Turcs.

ulviye

Ulviye Balkan, fille d’un officier Turc de la bataille des Dardanelles

Le grand-père de John Shelton, William Lawn, mourut à bord du sous-marin E20, localisé grâce aux documents se trouvant dans le Turquoise. Pour John Shelton, venu spécialement du New Forest en Angleterre, cette commémoration a une résonance particulière. Lui qui a grandi en orphelinat, ayant perdu parents et grand-parents dans les deux guerres mondiales, nous a confié son désarroi et sa tristesse face à ce qu’il désigne comme une guerre absurde. Il a prévu de se rendre près de la mer de Marmara où son grand-père est mort, devant la plaque qui commémore les victimes de la bataille des Dardanelles.

Capture d’écran 2015-03-09 à 17.11.28

John Shelton, petit-fils d’un soldat mort sur le sous-marin E20.

Cette exposition revient sur le déroulement de la bataille, avec des panneaux explicatifs en turc et une maquette qui représente le détroit, avec les positions des différents camps. Sont également présentés dernière des vitrines des lettres manuscrites d’Atatürk, des uniformes, des objets ayant appartenu aux soldats ou encore de vieilles affiches visant à convaincre les Britanniques de s’engager dans l’armée. Un livre en grand format a été publié par les Éditions de la Türkiye İş Bankası. Co-écrit par Haluk Oral et Peter Pedersen, il reprend avec textes et images les grands thèmes de l’exposition.

Thomas Nicod et Adèle Binaisse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *