Environnement, Société

Une fronde contre un projet routier prend de l’ampleur à Rize

Les habitants de la province de Rize se sont opposés aux forces de l’ordre ce samedi 11 juillet. Délogés manu militari, ils s’opposent à la construction de la « Route verte », un projet de 2 600 km traversant les campagnes de huit districts bordant la mer Noire.

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« Comment le gouverneur ose-t-il nous traiter de pillards ! », s’indigne Rabiye Bekar qui ne décolère pas. Âgée de 63 ans, cette habitante du district de Çamlıhemşin est devenue le symbole de la révolte contre le projet de construction routière. Comme les 300 nombreux activistes locaux et environnementaux présents ce jour là, celle que l’on appelle désormais « Havva Ana » a tenté de barrer la route aux bulldozers, avant que l’assaut des gendarmes ne disperse la manifestation à coup de gaz lacrymogènes. Un conflit qui s’est même un temps exporté à Istanbul. En effet le lendemain, le 12 juillet, un groupe de militants écologistes appelé « The Storm Initiative » a organisé une marche sur l’avenue İstiklal  pour s’opposer à la « Route Verte ».

Les habitants de la province n’ont pas ménagé leurs efforts pour retarder les travaux. Mis au courant de l’arrivée des bulldozers le 10 juillet près des prairies de Samistal, ils tentent d’atteindre les lieux. Sans succès. Un bulldozer prétendument endommagé et laissé à l’abandon bloque le passage. Pour autant les manifestants ne se découragent pas. Dès le lendemain ils forment une chaîne humaine afin de construire une route annexe pour contourner l’obstacle. En deux heures et demi seulement, ils parviennent sur place et réussissent un temps à arrêter les travaux. Dès lors les slogans fusent : « Vous volez les pierres, les rivières ! Votre plan est un massacre ! » Et « Havva Ana » de critiquer le gouvernement central, sous les applaudissements : « Nous ne voulons pas de cette route ! Nous sommes le peuple ! Nous sommes l’Etat ? L’Etat ne serait rien sans nous ! »

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La force de la mobilisation est à la hauteur des enjeux. Selon eux, la future route, qui reliera Samsun, Ordu, Giresun, Gumushane, Bayburt, Trabzon, Rize and Artvin est une menace réelle pour l’écosystème de la région. La faune et la flore, uniques, ne survivraient pas aux déséquilibres générés par une destruction partielle de la forêt. « Les animaux ne pourront plus se reproduire, se nourrir ou encore trouver un abri », déplore Rabiye Bekar à l’agence Cihan News. Surtout, autant que la protection de l’environnement, ce sont les projets immobiliers qui inquiètent. Le but du gouvernement est en effet de permettre aux touristes de traverser ces huit provinces en seulement une semaine. Pour cela, près de 40 centres touristiques, incluant restaurants, hôtels, et domaines de ski sur herbes, émergeront sporadiquement sur le parcours. Un changement de vie inacceptable pour les riverains.

rize_8L’Agence régionale en charge du développement des provinces de l’Est de la mer Noire, le DOKAP, réfute les arguments des écologistes, et insiste sur le caractère respectueux de l’environnement des futures constructions. D’autres locaux soutiennent également le gouvernement. « Il est inacceptable de s’opposer à un projet qui va désenclaver la région et stimuler l’économie locale », réagit l’homme d’affaire Kadem Eski à l’agence d’informations Anadolu. « Il ne va en rien détruire l’environnement, mais au contraire développer le tourisme ». Il est vrai que selon les estimations officielles, le plan va permettre d’accueillir cinq fois plus de touristes par an dans la région à partir de 2018, date de la fin des travaux.

D’ici là, la résistance continue, bien que 500 km soient déjà sortis de terre. Dans toute la région de la mer Noire, les conflits se multiplient par ailleurs entre locaux et gouvernement central. Ainsi, le 9 juillet dernier, la tension avait déjà monté d’un cran entre gendarmes et habitants du district de Cerattepe près d’Arvin, quand ceux ci ont tenté de s’opposer à la destruction de la forêt en vue d’un projet minier.

Antoine Rolland

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