Culture, Découverte

Rencontre avec Vahan Mardirossian, président de l’édition 2015 du Concours International de piano d’Istanbul-Orchestra’Sion

mardirossianLe lycée français Notre Dame de Sion d’Istanbul organise pour sa deuxième édition le concours international de piano Istanbul-Orchestra’Sion dont le but est de promouvoir de jeunes musiciens sélectionnés aux quatre coins du monde dans les écoles les plus prestigieuses. Pianiste et chef d’orchestre faisant partie des grands noms de la musique classique à seulement 40 ans, Vahan Mardirossian sera le président du jury. C’est avec beaucoup de sympathie et d’humilité qu’il nous a accueilli lors de ses répétitions acceptant de répondre à nos questions lors d’un entretien à huis-clos.

Qu’attendez-vous du concours, quel est son objectif ?

Le but est de déceler quelqu’un capable de faire ce métier. Des gens qui jouent vite et fort, il y en a beaucoup, mais il y a très peu de vrais musiciens. Nous avons réussi à rassembler des grands pianistes pour composer le jury. C’était important pour moi que le jury soit composé des musiciens, et pas des théoriciens. Ils connaissent ainsi les problèmes de la scène et tiennent compte de la prestation en répétition. Je voudrais que l’on entende parler des gagnants du concours dès le lendemain, qu’ils entrent dans le monde musical. C’est le but d’un vrai concours : donner un coup de pouce à quelqu’un qui le mérite.

Qu’est-ce que cela apporte aux élèves du lycée ?

Cela leur permet de comparer leur niveau, mais aussi d’entendre du répertoire joué par différents pianistes. L’art est fait de nuances, il ne s’agit pas de savoir qui court le plus vite. Franck Ciup va aussi mettre en place des séances pédagogiques. Il s’agit de sensibiliser les élèves, de leur donner envie de venir et de comprendre le caractère exceptionnel de cet événement.

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M. Mardirossian en compagnie de Yann de Lansalut, directeur du Lycée Notre Dame de Sion, et de la célèbre pianiste Süher Pekinel.

Vous avez un parcours impressionnant, qui commence très tôt…

Je n’ai pas commencé si jeune, à l’âge de sept ans. Mon premier récital a eu lieu seulement huit mois après et mon premier concert, quelques mois plus tard. Puis, à seize ans, je deviens chef de l’Orchestre de Chambre de Jeunes du Centre Culturel d’Arménie. J’ai été, je crois, le chef d’orchestre le plus jeune de l’histoire de l’URSS.

Pourquoi avoir choisi de venir en France ?

L’ambassadrice de France est venue à un de mes concerts. Elle m’a proposé de venir étudier à Paris grâce à une bourse. J’avais d’autres propositions pour étudier la direction d’orchestre à Vienne, Londres ou encore aux États-Unis. Mais pour moi, il était important de devenir un bon musicien avant de diriger des musiciens.

Comment s’est déroulée votre arrivée à Paris ?

Je suis arrivé à dix-sept ans, je ne parlais pas un mot de français. L’intégration a été très facile car j’ai décidé d’aller directement vers les Français, je me retrouvais dans les mœurs françaises. Au bout de neuf mois, je n’avais plus de bourse mais je voulais rester. J’ai donc trouvé un poste d’accompagnateur. Ma vie personnelle et professionnelle s’est finalement faite à Paris.

Quels enseignements musicaux vous a apporté la France ?

Jacques Rouvier, extraordinaire professeur du Conservatoire, a su ne rien m’imposer tout en me guidant. En Arménie, je gagnais parfois plus que mon père, mais je ne pouvais pas véritablement en vivre. Je suis véritablement entré dans le métier une fois en France.

Quels rapports entretenez-vous avec le travail et la musique ?

Mon métier me permet de combiner le travail et le plaisir. mardirossian_3Vous fatiguez le public si vous jouez tout le temps dans la même ville. Il faut susciter l’intérêt, et pour cela je dois voyager beaucoup. Paris est ma base, mon chez-moi, avec mes partitions et mes valises toujours prêtes. Je n’y passe que deux jours par mois. D’ailleurs, mon canapé me manque, je n’ai même pas eu le temps d’y faire un creux ! Parfois, j’emmène mon oreiller pour me sentir un peu comme à la maison dans les hôtels.

Comment expliquez-vous le démarrage de votre carrière ?

Impossible de comprendre comment on débute une carrière, et pourquoi un jour, tout à coup, ça s’arrête. La vie m’a mené vers la France. A un moment donné, je me suis trouvé au bon endroit au bon moment. Un jour, j’ai remplacé un artiste au pied levé. Un journaliste du Monde m’a encensé. Trois mois plus tard, un autre journaliste me compare à un brillant pianiste, ce qui était pour moi exagéré. Mais c’est ce qui m’a lancé. Le talent est important. Sans talent, même si la porte est ouverte et que vous sautez dedans, vous vous prenez un mur. Mais le travail aussi est primordial. En tant que musicien, vous n’avez aucun jour de congé. Mais c’est mon métier, je l’ai choisi, et l’art demande des sacrifices. Je me permets maintenant de me prendre une journée de vacances de temps en temps, mais je ne peux pas concevoir de passer dix jours sans partition, sans musique, sans travailler.

Pouvez-vous nous parler de votre relation au piano ?

Il ne représente que 10% de mon temps, puisque je suis avant tout chef d’orchestre. On en parle souvent comme d’un instrument roi. C’est vrai qu’il permet une amplitude très vaste, il peut sonner comme un trombone, un violoncelle, une flûte. C’est un véritable orchestre à l’intérieur. Un pianiste joue plusieurs notes en même temps, ce qui est utile pour maîtriser la direction d’un orchestre.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre carrière ?

Les rencontres sont ce qui compte le plus dans ma vie. J’ai très bien connu Rostropovitch, qui me manque beaucoup, ou encore Henri Dutilleux. Sinon, pour l’anecdote, la première fois que j’ai dirigé un orchestre, je me suis excusé de tourner le dos au public ! La carrière musicale est comme la flèche de Zénon, on n’atteint jamais vraiment sa cible. Je suis en permanence à mi-chemin.

Propos recueillis par Adèle Binaisse et Thomas Nicod

 

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