International, Politique

Valérie Trierweiler, entre revanche et amertume

« Merci pour ce moment », un livre qui constitue la vengeance d’une première dame déchue, préparé dans le plus grand secret, sort aujourd’hui. Un livre choc, un séisme à prévoir à l’Elysée, un cataclysme, les qualificatifs ne cessent de pleuvoir dans l’attente de cet ouvrage qui sonne comme un règlement de compte.

Valerie Trierweiler

Personne ne s’y attendait, personne ne savait que Valérie Trierweiler écrivait un livre, pas même sa famille proche. L’Elysée n’aurait d’ailleurs appris la nouvelle qu’une fois publiée dans la presse, selon le quotidien Libération. Un grand secret a donc été cultivé autour de l’élaboration de ce récit, dont l’annonce n’a été faite que cinq jours avant sa sortie officielle, nourrissant un climat d’attente qui atteint son paroxysme. La menace planait, encore, mais aujourd’hui, on en sait plus. Publié par l’édition « Les Arènes », ce livre s’apprête à ébranler la scène médiatique et politique française, et à attirer les foudres et les moqueries de la presse nationale et internationale, à l’instar de la presse anglaise qui évoque « la vengeance de rottweiler ». Pour préparer ce stratagème et entretenir le flou le plus total, le livre aurait été mentionné sous un faux titre de travail, « Le Siècle des hommes », et il a fallu réduire au maximum l’équipe responsable du processus d’édition de l’ouvrage. Le souci de la protection du secret aura été telle que le livre a été publié en Allemagne, afin d’éviter tout risque de fuite. Il a été publié en 200 000 exemplaires selon l’éditeur. Cela ressemble en tout point au tirage d’un best-seller, aussi attendu soit-il.

francois-hollande-et-valerie-trierweiler_1797369_480x300320 pages pour dresser un portrait. Celui d’un homme qui a trahi, déçu, celui du chef d’Etat français. Jamais un président français en exercice n’a du faire face à la publication d’un récit retraçant des détails intimes de sa vie sentimentale. Et si l’image du président a déjà été considérablement ternie, elle ne risque pas d’être revigorée par cette bourrasque médiatique. Celle qui a été la première dame de France pendant dix-huit mois semble lui asséner le «coup de grâce», sonnant le glas de la fin d’une relation amoureuse tourmentée de neuf ans. C’est avant tout l’histoire d’un couple que relate ce récit, sur un fond de conformisme politique qui perdure. C’est l’histoire d’un couple qui a été soumis à des règles, à des formalités, à des devoirs. Devoir gérer l’image du couple présidentielle lors des cérémonies officielles, devoir vivre à l’Élysée avec ce que cela implique. Mais selon Paris Match, ce livre révèle en premier lieu les désillusions de Valérie Trierweiler dans l’exercice du rôle de première dame, au delà de toute forme de révélations explosives sur les dessous de la scène politique et de la fonction présidentielle. Elle y retranscrit en effet son ressenti, un monde empli d’hypocrisie et de trahison où se sont mêlées blessures, pleurs et regrets. Mais il est difficile de croire qu’une ancienne journaliste politique puisse être déçue à ce point, comme si elle découvrait innocemment cet environnement.

Nous pourrons saluer au passage un coup marketing remarquable autour de ce livre. En effet, il s’agit là d’une véritable stratégie de la confidentialité, un bouclier hermétique autour du livre le protégeant de toute éventualité d’attaque en justice ou de freins antérieurs à sa sortie commerciale. Cela permet également de protéger ses informations et ses sources, et de s’assurer l’exclusivité de certaines révélations. Une protection par rapport aux médias en somme, souvent friands de ce genre de publications. Seul Paris Match aura eu l’opportunité d’accéder à l’ouvrage avant sa commercialisation, au terme d’un accord d’exclusivité. L’équipe d’édition se préserve ainsi de toute retombées dans d’autres médias. Mais au final, le secret entretient la curiosité, le secret fait le buzz. Tout le monde en parle, sans pour autant en connaître le contenu. Et c’est là que réside la véritable réussite.

Qu’allons-nous découvrir dans ce livre ?

File photo of French President Francois Hollande and companion Valerie Trierweiler visiting the September 11 Memorial at Ground Zero, in New York

D’emblée, on peut affirmer sans vergogne que le président n’a rien à craindre quant aux « secrets d’état ». Ils ne sont pas l’objet du récit de Valérie Trierweiler. Mais c’est bien une histoire d’amour et de passion qu’elle nous décrit, dans un stylé qualifié de « fiévreux » et « intense » par Paris Match. C’est à travers ces souffrances passées que l’ex-première dame s’exprime, la souffrance de s’être sentie « parfois comme dans un reportage » à l’Elysée, dans un récit de témoignage qui se veut véridique et entier, déclarant qu’elle a «  trop souffert du mensonge » pour en commettre à son tour. Parmi les extraits publiés, il y en a qui saute aux yeux. La réaction de Valérie Trierweiler quand elle apprend la relation de son homme avec Julie Gayet. L’information de trop. Elle livre cette réaction dans une simplicité déconcertante : «L’information Julie Gayet est le premier titre des matinales. (…) Je craque, je ne peux pas entendre ça, je me précipite dans la salle de bains. Je saisis le petit sac en plastique qui contient des somnifères (…) François m’a suivi (sic). Il tente de m’arracher le sac. Je cours dans la chambre. Il attrape le sac qui se déchire. Des pilules s’éparpillent sur le lit et le sol. Je parviens à en récupérer. J’avale ce que je peux. Je veux dormir. Je ne veux pas vivre les heures qui vont arriver. Je sens la bourrasque qui va s’abattre sur moi et je n’ai pas la force d’y résister. Je veux fuir. Je perds connaissance.»

D’autres extraits remontent avant la présidence. Par exemple, il est intéressant d’y découvrir la première réaction du chef de l’Etat au début de l’affaire DSK : «Je ne me souviens plus de l’heure, 2-3 heures du matin? Je le réveille à nouveau: «je t’assure, il se passe quelque chose de grave. La presse américaine l’annonce: Strauss-Kahn a été arrêté pour viol.» Cette fois-ci il bondit, se cale contre l’oreiller et regarde à son tour son iPhone. Pas une minute à se gausser de DSK, François est déjà mentalement dans le coup d’après», témoigne Valérie Trierweiler. Ce n’est pas une bonne nouvelle, il risque d’y avoir un réflexe de légitimité autour de Martine Aubry ».

Valerie-Trierweiler-hospitalisee-pour-une-duree-indetermineeLe portrait dressé de François Hollande par Valérie Trierweiler n’est certes pas glorieux. Et ce n’est qu’un début. On découvre alors un personnage plein de contradictions. Dans le Monde, on retrouve des extraits décrivant le rapport du président aux personnes d’origine modestes. Trierweiler affirme qu’«il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé: ‘les sans-dents’ très fier de son trait d’humour». Mais n’allez pas croire que l’ancienne première dame s’est contentée de s’acharner sur son ex-compagnon. Le titre commence avant tout par un «  merci », un mot qui revient également dans les dernières lignes de l’ouvrage. De l’ironie ? A-t-elle véritablement ponctué son récit en remerciant celui qui lui aurait vraisemblablement fait vivre un cauchemar à l’Elysée ? C’est dans ses dernières lignes que l’on tente de comprendre. Elle s’adresse alors directement à François Hollande : «Le temps est venu de clore ce récit, écrit avec mes larmes, mes insomnies et mes souvenirs dont certains me brûlent encore, écrit-elle. Merci pour ce moment, merci pour cet amour fou, merci pour ce voyage à l’Elysée. Merci aussi pour le gouffre dans lequel tu m’as précipitée. Tu m’as beaucoup appris sur toi, sur les autres et sur moi-même. Je peux désormais être, aller et agir, sans craindre le regard d’autrui, sans quémander le tien. J’ai envie de vivre, d’écrire d’autres pages de cet étrange livre, de ce singulier voyage, qu’est une vie de femme. Ce sera sans toi. Je n’ai été ni épousée, ni protégée. Puis-je seulement avoir été aimée autant que j’ai aimé.»

Elle ponctue alors son récit par un « merci » à double sens, mêlant amour et haine. Valérie Trierweiler semble encore et toujours partagée entre l’admiration qu’elle voue à François Hollande, et l’homme trouble et cassant qu’elle a découvert au fil des années. Et pourtant, l’ex-première dame ne semble pas vouloir s’arrêter là. Elle se dit apte désormais à reprendre la plume afin de poursuivre son récit. L’orage n’est pas prêt de se dissiper …

Myriam Saqalli

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