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Washington tente de rassurer Ankara sur le dossier syrien

Depuis plusieurs mois, les tensions entre les États-Unis et la Turquie s’accentuent quant au rôle des milices kurdes en Syrie. Le 7 juin, Washington a garanti que le Parti de l’Union démocratique (PYD) et ses unités de protection du peuple (YPG) ne profiteraient pas de l’opération contre Daech pour augmenter leur présence à l’ouest de l’Euphrate.

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La Turquie considère le PYD et sa branche militaire, l’YPG, comme des organisations terroristes du fait des liens qu’ils entretiennent avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ainsi, à Ankara, on perçoit avec inquiétude et agacement le soutien américain aux forces de l’YPG dans la lutte contre Daech.

Pire pour Ankara serait de voir s’installer des unités kurdes syriennes à l’ouest de l’Euphrate. Selon le gouvernement turc, ce serait le meilleur moyen pour les Kurdes syriens d’assoir leur légitimité et d’augmenter leur territoire en Syrie au risque de galvaniser le séparatisme kurde et les revendications nationalistes du PKK, dont les affrontements avec les forces sécuritaires turques ont repris depuis l’été 2015.

Incident diplomatique évité de peu

Les développements récents en Syrie sont donc une grande source d’inquiétude pour la Turquie.

À la fin du mois de mai, ce sont des milliers de combattants de l’YPG qui, soutenus par les forces américaines, ont entrepris une offensive contre Daech dans le nord de la Syrie. Dès lors, Washington avait entrepris de mettre à la tête de l’opération les Arabes syriens afin d’apaiser les inquiétudes d’Ankara.

Pourtant, les images du 25 mai du photographe de l’AFP Delil Souleiman, qui montrent des conseillers militaires américains portant des insignes de l’YPG, ont provoqué un véritable tollé à Ankara.

Le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavuşoğlu, avait alors protesté ironiquement : « Nous conseillons [aux soldats américains] de porter les badges de l’État islamique ou du front Al-Nosra quand ils iront dans d’autres parties de la Syrie, et des badges de Boko Haram quand ils iront en Afrique » ; avant de rajouter : « S’ils ne voient pas l’YPG [comme groupe terroriste], ils ont un double standard et font preuve d’hypocrisie. »

Le Pentagone, afin de calmer son allié turc, avait alors affirmé qu’il avait demandé aux forces américaines présentes sur le sol syrien d’arrêter de porter des insignes non autorisées, à savoir des insignes de l’YPG : « Porter des écussons des YPG n’était pas autorisé. C’était déplacé […] Nous l’avons dit à nos partenaires militaires et alliés dans la région ».

Nouvelles garanties américaines

Alors que la lutte contre Daech continue en Irak avec la reprise de Fallouja, mais aussi en Syrie pour reprendre Raqqa, Ankara continue à surveiller les avancées du PYD et de l’YPG ainsi que leur rôle dans les opérations menées contre l’organisation terroriste soutenues activement par Washington.

Mardi dernier, le ministre des Affaires étrangères s’est de nouveau exprimé sur le sujet. En effet, Mevlüt Çavuşoğlu, a annoncé que les responsables américains lui avaient assuré que le YPG et le PYG « voulaient (seulement) fournir un soutien logistique à l’est de l’Euphrate ». Le ministre des Affaires étrangères turc a alors transmis les réponses américaines aux demandes de garanties émises par les dirigeants turcs : « Nous ne voulons pas de membre de l’YPG à l’ouest [de l’Euphrate], particulièrement après les opérations. Les États-Unis nous ont donné des garanties sur cet aspect ».

Mevlüt Çavuşoğlu en a profité pour rappeler le soutien de la Turquie à la coalition dans la lutte contre l’organisation djihadiste, Daech, dans la région et particulièrement à la frontière turque où une opération a été lancée en mai : «  Nous sommes ceux qui désirons le plus voir la région de Manbij [nord de la Syrie] nettoyée [de Daech] et scellée puisque c’est la région d’où nous sommes le plus attaqués ».

Néanmoins, Ankara reste inflexible : les organisations kurdes syriennes ne doivent pas augmenter leur présence territoriale à l’ouest de l’Euphrate. Mevlüt Çavuşoğlu a d’ailleurs insisté sur le fait que : « les Forces syriennes démocratiques peuvent faire partie de cette coalition, mais si elle inclut des membres du PYD, alors ils doivent partir immédiatement après la fin des opérations ».

Le ministre turc continue de condamner le soutien américain aux forces kurdes syriennes en le qualifiant « d’inacceptable » dans la mesure où ces derniers n’hésiteraient pas à envoyer des combattants pour mener des actions néfastes sur le territoire turc.

En définitive, si les forces kurdes syriennes venaient à passer à l’ouest de l’Euphrate et à s’y établir durablement, Ankara verrait son intégrité territoriale un peu plus menacée et les relations turco-américaines en souffriraient davantage.

Camille Saulas

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