Découverte, Société

Yazgülü Aldoğan : « Journalisme comme idéal de vie »

Le 29 octobre dernier, la journaliste Yazgülü Aldoğan a fêté non seulement le 93e anniversaire de la fondation de la République turque, mais également ses 40 ans de carrières en tant que journaliste.yazgulualdogan Pour l’occasion, elle avait réuni ses collègues et ses amis sur la terrasse de son immeuble situé à deux pas de la tour de Galata. En souhaitant la bienvenue à tout le monde, elle s’est écriée, joyeuse : « depuis que je me souviens, j’ai toujours voulu être journaliste et je le suis devenue, cela n’a donc pas été un hasard. Et durant mes 40 ans de carrière, j’ai vécu mon métier passionnément même si ça n’a pas été toujours facile et je garde un souvenir formidable de toutes les rencontres et des voyages effectués dans ce cadre. Je n’ai pas gagné beaucoup d’argent, mais grâce à mon métier j’ai pu me faire beaucoup amis ». Puis, elle a remercié tous ceux qui étaient présents. Et, je peux vous dire qu’ils étaient très nombreux.

Plus tard dans la soirée, j’ai pu discuter un peu plus avec Yazgülü, elle m’a alors parlé du début de carrière :

 » Pour mes études supérieures, j’ai choisi l’université d’Ankara où j’avais le choix entre la matière prestigieuse qu’est la science politique et le journalisme. J’ai préféré ce dernier. À la fin de mes études, je suis entrée à l’agence ANKA, non pas comme journaliste, mais comme photographe, car c’était le seul poste disponible. Quelque temps après, on m’a demandé de couvrir la conférence de presse du ministre de l’Économie et j’ai ainsi écrit mon premier article. Dès lors, j’écrivais mes articles et m’occupais des photos. En 1974, l’agence a refusé que j’aille à Chypre en me disant ‘une femme n’a rien à faire dans une guerre’. Je suis alors partie en France, en étant boursière, et j’y ai fait un doctorat. Mais, à mon retour, le milieu de la presse ne voulait pas d’une doctorante alors je suis retournée à ma faculté en tant que maître de conférences pour y démarrer une carrière d’académicienne qui a duré 4 ans. J’y ai créé un journal où tous les articles étaient écrits par les étudiants, et ça a été un vrai succès. Encore aujourd’hui, ce journal est utilisé comme modèle. Mais à la suite d’un changement de règlement, je me suis retrouvée contractuelle alors que j’avais le statut du titulaire. Je suis alors retournée à Istanbul, mais aussi au métier de journaliste et j’ai lancé la revue politique Nokta. Lors du lancement de cette dernière, j’ai discuté une semaine durant avec le responsable de l’édition, Ercan Arıklı, et de ses attentes quant au contenu de la revue. La seule question que je n’avais pas abordée, c’était combien j’allais gagner. Le directeur de la publication de la revue Nokta étant à Paris, je me suis donc occupée de tout. La revue a très bien fonctionné, j’ai réussi à publier une revue politique à une époque où elles étaient interdites. Mais, après le départ de Ercan Arıklı, j’ai été virée. Par la suite, j’ai travaillé dans de très nombreux journaux, radios et chaînes de télévision. J’ai touché à tous les métiers de la presse, de secrétaire de rédaction à directrice de l’information en passant par chargée de cours à l’université, mais également animatrice d’émissions radio et de télévision. Le salaire m’importait peu et je n’ai plus quitté le journalisme ».

Et elle a conclu : « Lorsque je regarde en arrière, je vois beaucoup d’articles, d’interviews, et ma plus grande fierté est que j’assume entièrement tout ce que j’ai écrit même si je n’ai pas pu toujours écrire tout ce que je voulais. J’ai publié aussi deux romans, le premier, L’homme à louer a été un grand succès. Depuis plusieurs années maintenant je travaille au quotidien Posta. Partout dans le monde, la presse traverse encore une période difficile, mais je suis convaincue qu’elle s’en sortira ».

Mireille Sadège

Rédactrice en chef

Docteur en histoire des relations internationales

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